Les éternels insatisfaits

La liste des heureux bénéficiaires des logements sociaux n’a pas fait que des satisfaits. Beaucoup parmi les postulants se considèrent comme les éternels « dindons de la farce », les cas de certains plus que désastreux, continuent d’être considérés « mieux lotis » que ceux qui figurent dans les listes placardées. Il est à se demander si les « fameuses commissions » d’enquête ont « fouiné » à fond dans ces cas et si elles ne se sont pas contentées des déclarations des intéressés ! Des noms de personnes qui auraient déjà bénéficié d’aides sociales sont cités. Certains auraient même bénéficié d’un logement locatif précédemment tandis que quelques-uns, connus de tous, se la coulent douce, dorlotés par les devises du paternel ou la pension maternelle, il en est même qui disposent de terrains susceptibles de servir d’assiette à une construction, auquel cas le dossier devrait être transféré à l’aide à l’auto-construction ! Et l’on ne citera pas ceux qui se prélassent dans les villas familiales ou passent leur temps à se « balader dans des voitures de luxe » fournies par la famille. Avec des moyens pareils, il leur serait plus judicieux de se construire un « petit nid par leurs propres moyens. A l’heure où l’Etat se penche sur ce genre de situation, il est vraiment temps de veiller à ce que les choses se réalisent selon les normes régissant les aides en évitant que la population n’ait à subir des irrégularités qui ouvriraient la voie à des doléances hautement justifiées.

Quant à l’âge des bénéficiaires par rapport aux laissés-pour-compte, il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte que les premiers sont plus ou moins jeunes, tandis que les seconds n’ont plus que des cheveux gris.

Les renseignements sur les ressources des familles ne prennent (hélas ! trois fois hélas !) en considération que et rien que la fiche de paie qui ne peut et ne pourra jamais travestir le fonctionnaire tandis que les ressources familiales (fonciers, fonctions libérales, rentes et autres pour certaines colossales) sont recouvertes par une opacité infranchissable pour l’œil des enquêteurs, car certains s’interrogent pour comprendre comment le dossier d’un citoyen actif (et dont l’épouse travaille) ait pu obtenir le fameux accord pour figurer finalement sur la liste des bénéficiaires, de même, selon des sources sûres, qu’un autre citoyen propriétaire d’une villa inhabitée depuis de longues années et mise en vente se retrouve lui aussi bénéficiaire ? Quant à ceux qui n’ont qu’un logement d’astreinte à leur disposition, sans terrain à bâtir ni aucune autre ressource que leur traitement mensuel, tous, en dépit de leur âge avancé, ont intérêt à faire durer leur carrière, s’ils ne veulent pas être mis à la porte dès que la décision de départ à la retraite sera prise et qu’ils auront franchi le Rubicon. Pour les exclus de l’héritage familial par la volonté de certains dictateurs de pères – paternité, pour ce que tu vaux ! -, leurs cas relèverait donc de l’omission ou de l’oubli car à chaque enquête le paternel, hypocritement pour nuire à sa progéniture, ne manque pas de faire un état des lieux, présentant « son palais » à l’œil inquisiteur, en affirmant tout haut et à qui veut l’entendre que « le présomptueux rejeton de fils » ne veut pas habiter chez ses parents et qu’il refuse ce qui est « tout » à sa disposition et c’est ainsi que, sur cette « bonne présentation », le dossier — de la malheureuse victime de la décision paternelle irrémédiable quoique injustifiée — est aussitôt classé sans suite, même si tout le monde sait qu’il est hébergé soit gratuitement par une âme charitable, soit réside dans un logement d’astreinte ou locataire chez un particulier, même s’il s’agit d’une masure ! S’il était possible d’accéder aux dossiers de tous les demandeurs, un constat amer se ferait jour dans les cœurs car, et c’est là où le bât blesse, considérant que certaines demandes d’attribution de logement social sont « antérieures à la naissance » de ceux qui viennent d’être servis, il n’y a qu’un pas à franchir pour douter de l’impartialité de cette prestation de services d’une commission qui a dû effectuer son travail, le corps bien enfoncé dans les douillets sièges des bureaux mis à leur disposition. Une chose est claire : les insatisfaits d’aujourd’hui et d’hier seront bientôt dans l’obligation matérielle de « mettre dehors » leur progéniture qui aura grandi entre-temps et qui viendra, dans les prochaines années, grossir le rang des demandeurs de logements, eux qui, peut-être à moins qu’ils n’héritent de la « guigne de leurs parents », recevront leur part de cette aide dispensée avec largesse par l’Etat et si particulièrement distribuée. Et c’est là que les pères et leurs enfants seront logés à la même enseigne, si la procédure « appliquée actuellement » n’est pas rectifiée. « Aléa jacta est ! », dixit le grand César.

Pour l’heure, les heureux ne se tiennent plus de joie, mais il est fort probable que le nombre de recours fera certainement se ployer le bureau appelé à recevoir le courrier qui viendra s’entasser dessus au grand dam du fonctionnaire qui sera dans l’obligation de tout lire.

Sofiane Mecherri