La Kabylie inquiète mais vigilante

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La Kabylie vient de renouer, d’une manière sanglante et inattendue avec la violence terroriste. Les spectaculaires attentats de mardi dernier ont, en sus des énormes dégâts qu’ils ont causé, fait replonger la région dans un affligeant sentiment d’insécurité.

La relative accalmie de ces derniers mois s’est donc révélée éphémère (tout comme celles qui l’on précédé depuis les années 90 d’ailleurs) et les groupes terroristes activant dans la région semblent avoir conservé une certaine force de frappe.

Combien de temps encore faut-il attendre pour voir la capacité de nuisance de ces islamistes armés, récemment affiliés à l’organisation terroriste d’El Qaïda, réduit à un seuil moins menaçant ? Le pire est-il derrière nous ? Ou devons-nous nous préparer à l’affronter ?

Certes, comparée à la décennie noire, la situation n’est pas aussi “terrorisante” que ces attentats peuvent le laisser entendre, mais il y a quand même urgence ! A la faveur d’une stabilité sécuritaire que tout le monde savait relative, les services de sécurité (tout comme la population d’ailleurs !) se sont laissés entortillé par inadvertance, cela s’est implacablement manifesté lors de la dernière série des attentats, où les terroristes ont frappé quand et où on s’y attendait le moins. Comme dirait l’autre, ces attaques auraient servi au moins une chose : arracher la région à l’incroyable insouciance qui ces derniers mois et éveiller en elle ce sentiment de vigilance que l’on sait désagréable mais plus qu’utile !

Et comme dans tous les après-attentats et parallèlement à l’effet médiatique et politique, le regain d’”attention” est de mise : la police et les militaires sont sur le qui-vive et les populations locales ne sont pas prêtes de baisser la garde d’aussitôt. Résultats des courses, c’est tout ce beau monde qui se retrouve terrorisé mais vigilants. Hier, quelques heures après les attaques synchronisées, les marques d’inquiétude se lisaient sur tous les visages. Policiers, militaires ou simples citoyens avaient comme dénominateur commun l’angoisse et la psychose. La peur s’est subitement réinstallée dans les cœurs et les regards, les mots étaient presque inutiles pour exprimer le désarroi; Pourtant, quelques citoyens nous ont parlé. Leur propos traduisaient leurs angoisse et horreur. “C’est tout simplement horrible ! Que voulez-vous que je vous dise de plus. Cela nous replonge dans la psychose des attentats à la voiture piégée, et croyez-moi, vaquer à ses occupations avec la peur au ventre n’est pas du tout agréable. Au moment où je vous parle, cette voiture (il fait un signe du doigt vers une Clio qui venait de s’immobiliser derrière nous) peut nous pulvériser en moins d’une seconde.Je ne veux pas céder à la paranoïa mais pour moi, tout le monde est suspect maintenant !”, nous disait Djamel, jeune exploitant d’un étal de cigarettes au centre-ville de Tizi-Ouzou.

Ces mots, froids et tranchants sont repris par la plupart des gens a apostrophés sur le sujet. Loin des analyses politico-sécuritaires où l’on tend souvent à expliquer des faits et des comportements qui ne sont pas forcément à la portée des petites gens, l’homme de la rue n’a exprimé, en fait, qu’une seule et unique chose : la peur “Qui me dit que la prochaine attaque ne ciblera pas des civils ? Qui peut me garantir que mes enfants ne risquent rien quand ils partent le matin à l’école ? Regardez autour de vous, Tizi-Ouzou est dégarnie aujourd’hui ! Ces attentats ont profondément marqué les citoyens et tous les mots ne peuvent exprimer la terreur que nous ressentons présentement…”, assène un quinquagénaire qui, pris entre colère et l’effroi, refusa même de nous dévoiler son prénom.

On l’aura donc compris, la série d’attaques terroristes ayant ciblé la Kabylie au petit matin de mardi ont fortement secoué le moral des populations locales. Un jeune chômeur de Tizi, qui affichait au début un désintéressement total à nos palabres, a ironiquement répondu à notre sollicitation : “Si le fait d’être vigilant me garantit la vie sauve, je pourrais le rester des lustres. Mais comme vous savez, on vit dans un pays où rien ne peut être calculé d’avance. Je suis gardien de parking et il se pourrait bien que c’est l’une de ces voitures qui explosera un jour sur ma gueule ! Rabbi yestar, c’est tout le mal que vous pouvez nous souhaiter”. Telle une fatalité donc, les gens adoptent un vieux réflexe bien de chez nous : prier et… attendre.

Omar Benmohamed

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