Silences

Alors, le terrorisme est-il, oui ou non vaincu ? La question s’adresse autant aux gouvernants qu’au large courant d’opinion qui a fédéré tous ceux que le péril d’une république islamiste avait mobilisés. L’ampleur de la riposte, logiquement à la hauteur du danger qui guettait l’Algérie, a même fait entrevoir l’esquisse d’un rassemblement de sensibilités diverses mais soudées autour de l’essentiel, seule alternative à une nébuleuse intégriste qui a toujours su, elle, transcender ses querelles de clochers et surtout ne jamais se tromper d’ennemi. Que reste-t-il des généreuses disponibilités républicaines et plus largement des engagements patriotiques ? Les choses ont-elles changé à ce point pour envisager de changer de fusil d’épaule ? Il est vrai qu’on peut comprendre la désillusion de tous ceux qui, emportés par leur enthousiasme, n’imaginaient pas d’autre issue à un combat souvent douloureux, parfois mortel, que sa mise au service du projet républicain et moderne qui leur était si cher. Cela n’a pas été le cas, du moins pas avec la netteté des contours qu’ils étaient en droit d’espérer. Pour tout dire, l’usage politique qui a été fait des luttes contre le terrorisme islamiste et les sacrifices qui en ont découlé n’a pas toujours été dans sa trajectoire naturelle, même s’il n’en a pas été manifestement dévié. Ce qui est plus difficile à comprendre par contre, c’est ce paradoxe des démocrates qui consiste à dire que le terrorisme n’est pas encore vaincu parce que ce serait une victoire trop belle pour laisser en profiter un pouvoir qui ne le mérite pas, et en même temps laisser entendre que la mère des batailles ne devrait pas les opposer au terrorisme et l’intégrisme, mais au pouvoir. Le péril est donc toujours là, mais on peut apparemment l’ignorer parce que le combattre profiterait au pouvoir. Cette façon de voir les choses ne procède pas pour autant du renoncement. Nombreux sont les démocrates républicains désabusés dont l’ardeur a certes tiédi face à l’absence de perspective, mais sans que cela ne leur fasse oublier la direction du vent. D’autres, trop marqués par les intérêts partisans pour garder leur lucidité, parviennent rarement à traduire dans l’action et le discours les valeurs qui ont motivé leur engagement politique. Ont-ils su, eux qui reprochent au pouvoir d’avoir dilapidé les espoirs d’un combat, se prémunir des mêmes travers pour se constituer en réelle alternative au système et à l’islamisme réunis ? Il est évident que non, sinon ça se saurait. Et ça aurait même pu commencer par nous éviter Belkhadem comme chef du gouvernement et Soltani comme ministre d’Etat, parce que la responsabilité de leur fulgurante ascension est, quoi qu’on dise, largement partagée.

On ne peut pas se taire ou réagir dans la commissure des lèvres quand le GSPC, devenu dans la foulée une succursale d’Al Qaida, s’attaque simultanément à une dizaine de commissariats, et garder sa cape de démocrate. Surtout qu’en la circonstance, on rejoint sur la même ligne des gouvernants qui nous ont, il est vrai, plus habitué à ces silences assourdissants.

Slimane Laouari