Le pourquoi du comment

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Personne n’est réellement à l’abri d’une dépression pouvant mener vers l’irréparable. Dans la wilaya de Bouira, en plus des adolescents, des cas de suicide de personnes âgées ont été recensés. L’an dernier à El-Esnam, c’est un septuagénaire qui a mis fin à ses jours en emportant son secret dans la tombe.

Vivre et supporter tant d’années avant de se donner la mort demeure un acte incompréhensible pour une société ignorant les mœurs kabyles qui placent l’honneur au dessus de tout.

Nul besoin de pousser la sociologie trop loin pour deviner que ce cas de figure est lié à une question de nif. Comme l’est vraisemblablement le cas de toutes ces femmes qui abandonnent la vie. La jeune fille de 19 ans qui s’est pendue avec son khimar le 3 février dernier, a elle aussi choisi d’abréger ses souffrances, faute de pouvoir soutenir le regard de la société qui ne pardonne aucun écart aussi minime soit-il.

Les maux vécus au quotidien, la misère sociale qui s’installe chaque jour davantage, la précarité sont aussi désignés comme étant des facteurs responsables de cette vague de suicides qui touche la wilaya.

Les deux tentatives de suicide enregistrées durant ce mois expliquent le dénuement et le désarroi de personnes ayant frappé à toutes les institutions pour régler des problèmes liés essentiellement à la subsistance de la famille à charge. C’est également cette misère qui a suscité l’année dernière le désespoir d’un père de famille de sept enfants.

Ce dernier a préféré se donner la mort plutôt que de voir sa progéniture affamée, sans pouvoir leur assurer le pain quotidien. Hormis les questions d’honneur, la précarité cause le désespoir d’une large couche de la société. Se retrouver sans abri, sans travail du jour au lendemain, est une chose que très peu de personnes peuvent assumer, surtout si la famille à charge est nombreuse.

Rares sont en effet, les personnes à l’abri du besoin qui attentent à leurs vies, et aucun cas de nantis suicidés n’a été enregistré dans la wilaya de Bouira.

Si l’on se réfère toutefois aux dires de la psychologue du CIAJ rencontrée sur place, l’aspect religieux, c’est-à-dire l’absence de foi envers Dieu et le manque de spiritualité seraient en cause dans la propagation de ce phénomène.

Ainsi, même si aucune statistique ne vient confirmer ses dires, les personnes non pratiquantes seraient plus enclines à se suicider. Une théorie comme une autre qui demeure invérifiable et peu plausible si l’on s’en tient au profil de la jeune fille qui s’est suicidée avec son khimar.

Hafidh.B

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