Il faudra bien que les citoyens se déshabituent de recevoir leur courrier à domicile. les jeunes chômeurs qui avaient bénéficié d’un recrutement sous contrat en qualité de facteurs ne déambuleront plus à travers les rues des villages, frappant aux portes, le sourire aux lèvres.
Leurs cartables flambant neuf au sigle de « Algérie Poste » n’ont pas eu le temps de voir se ternir leur cuir puisqu’ils ont été restitués et, eux qui étaient fiers de les exhiber au regard de tous, rejoindront leurs camarades le long des murs avec la fameuse étiquette de « hittiste » dont ils avaient cru s’être séparés à jamais. Un rêve qui tourne court, rêve qui n’a duré que le temps de le dire.
Et dire qu’aucun d’entre eux n’a reçu de courrier lui notifiant son « licenciement » ! Le « secteur public », régi par les lois de l’Etat, serait-il devenu, soudain, sans crier gare, « secteur privé », ce dernier pouvant aisément recruter et licencier ses employés verbalement ?
Quant à la prestation de services qui relève des prérogatives des services de la poste, il faut savoir que le courrier s’amoncelle dans les casiers, les receveurs et les guichetiers n’étant pas censés le distribuer. Les vieilles personnes ne seront plus informées de l’arrivée de leur pension et les délais imposés étant de rigueur, le fameux mandat risque d’être retourné sans que leurs destinataires n’en soient informés ! D’ailleurs, qui se rappelle du temps où le journal atterrissait devant la porte d’entrée, chaque matin ?
L’on disait, jadis, par humour, que le sigle « PTT » signifiait « petit travailleur tranquille », mais avec une décision pareille suspendant des éléments essentiels de la chaîne de services de la poste, l’on peut dire « adieu » à la tranquillité ! Il est vrai que les bureaux et agences postales s’en retrouvent plus « aérés », mais cela ressemble plutôt à un « courant d’air », puisque la pérennisation de l’activité de la poste ne peut souffrir d’aucun retard.
Quand certaines décisions sont prises, l’on s’interroge sur leurs effets négatifs et indésirables, car, s’il s’agit d’un surplus d’employés, la tutelle peut fort bien les dispatcher à travers certains bureaux qui souffrent d’un manque ! Comment résorber tout ce cumul et tout ce retard ? comment faire pour que le citoyen ne soit pas lésé dans ses droits, son droit de recevoir le courrier dans les temps et à domicile, en vertu de l’affranchissement conditionné ?
Le sérieux légendaire de la poste en reçoit un bon coup. La ponctualité et la fidélité sont-elles de vains mots ? Et les chaînes ne font que s’allonger provoquant des cohues aux heures de pointe, sachant pertinemment que certains s’inquiètent de leur courrier, d’autres viennent percevoir leur pension, leur rémunération (ESIL, IAIG, AFS), leur retraite ou leur traitement. Devant le terminal, les files ne se comptent plus, puisque, faute de courrier, il faudra bien faire la chaîne pour le « nouvel avoir » (habituellement reçu par lettre) ensuite pour effectuer le retrait. Comme les versements s’effectuent paradoxalement tous aux mêmes dates, il faudra s’imaginer les conséquences fâcheuses, d’autant plus que la question de la sécurisation se pose avec acuité !
Pour l’heure, certains comités de village se sont saisis du problème et se préparent à se rapprocher de la tutelle pour connaître les raisons d’une telle décision qui va à l’encontre des intérêts de la population, se disant prêts à tout faire pour que la décision d’insertion des villageois en chômage- décision qui a été, en son temps, saluée par tous-soient appliquée selon la législation.
La prestation des services de la poste doit se faire dans son intégralité. Il ne saurait être question que la population en souffre et les autorités se doivent de prendre en considération cette doléance qui risque de voir la situation s’envenimer, d’autant plus que des voix commencent à s’élever contre cette décision que rien ne semble justifier.
Sofiane Mecherri
