La Casbah s’étiole

La Casbah d’Alger continue d’être un endroit prisé par ses enfants et par les touristes qui viennent (reviennent ?) en Algérie. Ses remparts, aujourd’hui dégradés, nous entraînent aux tréfonds de son histoire.

Il est loisible de constater en visitant La Casbah, combien la mémoire des Algérois a été brouillée, amputée de pans entiers d’un patrimoine riche, mais enfoui dans une amnésie chronique. Très peu de gens connaissent l’histoire de cette cité tout en cascades, qui se rafraîchit de brise marine en temps de canicule et de nostalgie de l’âge d’or. La Casbah d’Alger a été inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité en décembre 1992.

A l’origine, le mot « Casbah » désignait la citadelle qui dominait la ville, »la médina ». Peu à peu, le terme engloba la cité elle-même. Les remparts qui protégeaient La Casbah, ainsi que le haut et le bas de la cité ont aujourd’hui disparus. « Construisant leur casbah, les anciens avaient atteint au chef-d’œuvre d’architecture et d’urbanisme » disait le Corbusier.

Est communément appelée « Casbah », la zone comprenant La Casbah proprement dite, la  » forteresse  » et toute la vieille ville d’  » El- Djazaïr « , située entre ce fort et le bord de mer. En 1516, le corsaire turc Kheïreddine installe sa capitale à Alger. Il en fait une ville fortifiée, en construisant d’imposants remparts, qui sont à l’origine de La Casbah. Au dela de sa richesse architecturale, la vieille ville est un précieux témoin de l’histoire de l’Algérie. La Casbah s’étend en effet sur 45 hectares et témoigne d’une forme urbaine homogène, dans un site original et accidenté (118 mètres de dénivellation).

Surplombant les îlots, la médina reste l’Alger des estampes orientalistes des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Et si les remparts ont disparu, l’impression demeure. La moitié des maisons y est d’inspiration ottomane : étages à encorbellement soutenus par des étais apparents en bois, patios intérieurs ornés de céramiques et de colonnettes. Lieu de mémoire autant que lieu d’histoire, La Casbah possède une citadelle, des mosquées anciennes, des palais ottomans, un labyrinthe de souks et de petits endroits où il fait bon s’arrêter pour apprécier la beauté des sites. Pour retrouver un peu les rues de La Casbah telles qu’elles étaient encore en 1941, il faut revoir le film Pépé le Moko de Julien Duvivier avec Jean Gabin, ou encore le film mythique La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo. Malgré les nombreuses réhabilitations éclairant certaines façades d’un coup de chaux, la réalité actuelle est encore un peu triste. Les rares touristes qui la visitent, recherchent ses couleurs, ses senteurs, ses saveurs et ses ambiances. Nourris de souvenirs d’enfance, certains y reviennent par mélancolie. A Al Djazaïr El Mahroussa, il y a d’autres endroits à découvrir : Dar Aziza, Bastion 23 (édifié sur le front de mer en 1826), mosquée Ketchaoua (bâtie en 1794 par le dey Baba Hassan, cathédrale Saint Philippe pendant 130 ans, puis de nouveau, mosquée, tel est le destin de ce temple où l’on prie depuis près de 4 siècles, Djamaâ Djedid (construit en 1660) et Djamaâ El Kebir (construit à la fin du XIe siècle). Il y a aussi Dar Khedaouadj, ancien palais d’Ahmed Raïs construit en 1572, devenu propriété d’une des filles du dey Hassan Pacha (XVIIIe siècle). Ce palais abrite aujourd’hui le Musée national des arts populaires.

La Casbah illustre à elle seule cette détérioration urbaine qui frappe les villes algériennes en général et la Capitale en particulier. Ce site chargé d’histoire et de mémoire, cœur d’Alger, souffre aujourd’hui de l’absence d’une véritable prise en charge qui aurait pu lui épargner l’état d’abandon. Pour y remédier, les autorités ont entamé un plan de restauration actuellement en cours, qui correspond parfaitement au besoins de la vieille ville. Il s’agit notamment de restaurer et de réhabiliter le tissu historique. En plus de sa richesse artistique, La Casbah demeure un précieux témoin de l’histoire de notre pays. Dire qu’il faut la sauver est d’une pertinence qui frise…l’ineptie.

Nabila Belbachir