Le président de la République a convoqué le corps électoral pour le scrutin législatif dans les délais prévus par la loi. En étouffant dans l’œuf le doute introduit par un chef de gouvernement qui n’arrête pas de mettre le pied au-delà de son périmètre de compétences, le chef de l’Etat n’a pas fait qu’affirmer son autorité et rappeler à Belkhadem les limites de ses prérogatives. Il a aussi signifié implicitement au chef du FLN que sa nomination à la tête du gouvernement ne pouvait avoir d’autre sens que celui publiquement et officiellement annoncé. Entamée depuis la maladie de Abdelaziz Bouteflika, la surenchère islamo-conservatrice a continué d’être déroulée avec à l’esprit une succession ouverte qui pouvait autoriser toutes les ambitions. Et le FLN qui venait de reprendre » la place qui n’aurait jamais dû cesser d’être la sienne » avec une majorité quasi hégémonique dans les assemblées élues, Belkhadem et son état-major se croyaient dans la posture idéale pour tout exiger et tout de suite. Mais l’euphorie ne leur fait pas perdre de vue que beaucoup de décisions se prenaient sans eux et, pire, elles se prenaient de plus en plus contre eux.Il en a été ainsi des délais de la loi sur la paix et la réconciliation nationale qu’ils voulaient indéfiniment prolonger, du retour à l’activité politique des anciens dirigeants du FIS, de la révision constitutionnelle et enfin de la possibilité de jumeler les élections législatives et les locales. Face à autant de manque de considération, le FLN commence à douter : le vent qui lui a permis de revenir aux affaires, dans les proportions que l’on sait, peut tourner. Il faut alors rentabiliser au maximum et rapidement une situation acquise qui révèle chaque jour un peu plus sa précarité. Il sait pourtant que la bataille n’est pas gagnée d’avance. Avec des islamistes qui retrouvent leur âme à chaque rendez-vous électoral pour gagner ce qui est encore possible d’être gagné, un RND qui va accentuer ses différences en se rapprochant du camp démocratique dans la perspective de batailles futures et un rassemblement républicain en phase de construction avancée, le FLN est au bord de la panique. Et la guéguerre interne n’est pas faite pour arranger les choses. Mise en sourdine par opportunisme – les Benflisistes ont tourné casaque et les redresseurs ont évité la rupture qui aurait compromis la majorité- elle est en train de refaire surface autour des listes électorales qui promettent de jolis pugilats. Seul Belkhadem tentera de se mettre au-dessus de la mêlée.D’abord parce qu’il sait que son poste de chef du gouvernement est une belle plaisanterie qui va tourner court. Ensuite parce qu’il n’ignore pas qu’au sein du FLN ou il manque terriblement d’ancrage, il sera le grand chef où rien du tout. Et s’il venait à sortir vainqueur des prochaines compétitions, il aura un argument de taille à faire valoir. Mais il n’est pas évident qu’il gagne, ni que la victoire soit déterminante pour la suite de sa carrière. C’est peut-être le FLN même qui est en train d’amorcer le virage du déclin.
Slimane Laouari
