Les plaidoiries des avocats de la défense ont repris, hier, au tribunal criminel près la cour de Blida. Avocat de Mohamed Tchoulak, président du conseil d’administration du la mutuelle de la police, Yahia Yesli, Zinedine Zammoum, Ahmed Berber, membres du CA et de Abdelmadjid Bennaceur, directeur général de la CNAS, Me Benchida commence par dire que la lettre anonyme lu par la procureur général est « un impair à écarter ».
Il s’interroge sur les raisons qui font que son client, Bennaceur, se trouve devant la justice alors que Sidi Saïd avait affirmé que la résolution qu’il a adoptée n’était pas réglementaire. « Je vous conjure, madame la présidente, de faire appliquer la loi », implore-t-il, en contestant la constitution du liquidateur en tant que partie civile. Plaidant la cause des ses clients, l’avocat soutient qu’ils n’ont fait qu’obéir aux instructions de leur hiérarchie. Au sujet des cartes de gratuité reçues par ces derniers, il énonce que la loi 90-33 dans son article 11 leur permet de percevoir des dons et des legs. A propos du cas de Abdelmadjid Bennaceur, qu’il assimile à « un bouc émissaire », Me Benchicha relève que la loi de 1992 accorde l’autonomie financière et commerciale de la CNAS. Il tente de rejeter la responsabilité sur le Trésor public, lequel a reçu un chèque du directeur général de la CNAS pour faire le transfert des avoirs vers la banque Khalifa. Pour ce qui est de la carte thalasso dont son mandant a bénéficié, il affirme que celui-ci était déjà un client du centre de thalassothérapie de Sidi Fredj. L’avocat réclame l’innocence de tous ses clients.
Me Ksentini : « Moumen Khalifa est un serial killer »
De son côté, maître Farouk Ksentini, agissant aux noms des quatre responsables de la mutuelle de la police a développé une plaidoirie d’une extrême virulence. De prime abord, il s’est appesenti pour donner son point de vue sur l’affaire khalifa. Me Ksentini commence par affirmer que la justice algérienne s’améliore au fil des procès. Il en veut pour preuve l’injustice ayant frappé des accusés lors d’un procès tenu en 1988 durant lequel ils ont été empêchés de dire toute la vérité. Le contraire de ce que connaît, actuellement, le procès de l’affaire Khalifa, affirme-t-il.
Il estime que des voix se sont élevées pour affirmer que ce procès est éminemment politique. Lui, il pense tout le contraire. « C’est une affaire essentiellement judiciaire et économique qui n’a rien de politique », tonne-t-il. Et d’ajouter « qu’ “il n y a pas de motifs de droit dans l’arrêt de renvoi.
Ceci n’est pas une raison pour ne pas en trouver. Faisons en sorte que la loi soit correctement appliquée. » Déversant son fiel sur l’ancien golden boy, Moumen Khalifa, réfugié en Grande-Bretagne depuis 2003, Me Ksentini s’interroge comment une personne « de si peu de valeur ait pu aller si loin ». « Khalifa nous a tous frappés. Il a fini par chuter mais dans sa chute, il a entraîné de nombreuses victimes », note-t-il. L’avocat affirme avoir piqué une colère noire lors de l’intervention de Khalifa sur les chaînes étrangères. « Khalifa n’a pas dit un mot de commisération à l’égard des personnes qui sont là dans le box des accuses. L’artisan de leurs malheurs, c’est lui », explique-t-il. Qualifiant Moumen Khalifa de prédateur et de serial killer, le président de la CCNPDH voit en l’affaire Khalifa l’histoire d’un « banquier qui a pillé lui-même sa banque ». Au sujet des accusations porté à l’encontre de ses clients, Me Ksentini indique qu’il fallait replacer les faits dans le contexte de l’époque pour justifier le dépôt des avoirs de la mutuelle de la police. « Il s’en est fallu de peu qu’en mette sa statue à la place de celle de l’émir Abdelkader à Alger. Moumen Khalifa a acquis la confiance de tout le monde », affirme-t-il. Il dit qu’à l’époque, il était criminel d’aller déposer ses avoirs ailleurs que dans la banque khalifa. Il fait remarquer que la voiture a été donnée à la caisse donc à une personne morale. Donc, il faillait, selon lui, poursuivre la caisse. « Il y a une erreur dans la direction des poursuites parce que le récipiendaire est la caisse non pas les personnes poursuivies dans l’arrêt de renvoi », souligne-t-il, avant d’indiquer que l’acte du dépot était quasiment traditionnel, ce n’était pas un acte malhonnête, mais un acte d’administration. Pour ce qui est de l’abus de confiance, maître Ksentini soutient qu’il n’y a pas l’intervention d’un organisme pour accorder un bénéfice quelconque à ses mandants. A cet effet, il demande la relaxe de tous ses clients et le bénéfice des circonstances atténuantes les plus larges.
L’avocat Rafik Menasria, agissant pour le compte de Telli Safi, directeur général de l’Agence de développement social( ADS), pose pour sa part un problème de cadrage légal puisque, dit-il, son client est l’otage de qualifications douteuses qui sont la corruption, l’abus d’influence et la perception d’indus avantages.
Il relève que Telli Safi n’a jamais bénéficié d’une carte thalasso. Il réclame l’innocence de son mandant. Me Adammou, représentant Si Amour Saïd, P-DG de l’Endimed, contre lequel une peine de 2 ans de prison est requise, assortie d’une amende de 5000 DA, soutient que ce dernier n’a rien demandé et se trouve poursuivi pour corruption. Il affirme que son client a entrepris une action en justice contre la banque Khalifa et le liquidateur pour laquelle il a eu gain de cause.
L’avocat demande l’innocence de son client en sus de la restitution de son passeport. Avocat de Boukerma Hakim, poursuivi pour abus de confiance et contre lequel le procureur a requis une peine de 18 mois, maître Bounab déclare que le seul tort de son client était de travailler pour la banque Khalifa en qualité de chauffeur. Il dit que l’accusé était au début de l’affaire, témoin avant de devenir un accusé. « Mon client n’ avait pas l’intention de garderla voiture. Il a plusieurs fois tenté de la remettre au liquidateur, en vain », rappelle-t-il.
« De hauts responsables devraient démissionner de leurs postes »
Par ailleurs, maître Oukil, avocat de Rabah Bousabaine, directeur général de l’EPLF de Blida, note que le règlement intérieur autorise son client à effectuer des dépôts. Concernant le crédit que l’accusé a perçu, l’avocat estime que cela ne peut être qualifié de corruption puisque les dépôts étaient en 1999 alors que l’obtention du prêt était en mai 2002. il rappelle que certains employés de l’EPLF avaient bénéficiés de crédits par l’intermédiaire du directeur des finances, promu au poste du directeur général par intérim puisque Bensebaine était en congé à l’étranger.
Maître Oukil soutient que son mandant avait saisi les services de la liquidation dans le but de rembourser son prêt. « Il a été reçu avec des remarques désobligeantes comme quoi il était un ripoux », dit-il et de s’interroger : « Si le fait d’avoir perçu un chèque pour bénéficier d’un crédit est une corruption ? ». Sur un autre chapitre, l’avocat déplore l’attitude de certains hauts responsables, lesquels avaient une responsabilité morale dans cette affaire. « Ils auraient dû démissionner de leurs postes », préconise-t-il. Maître Mohamed Fetnassi, plaidant pour le même accusé, en sus de Salah Arifi, directeur général de la CNR contre lequel le parquet a requis une peine de 5 ans de prison assortie d’une amende de 5 000 Da, abonde dans le même sens que son confrère.
Il brandit une liste d’employés de l’EPLF de Blida ayant bénéficié de crédits. Il est impossible, selon l’avocat, de poursuivre quelqu’un pour deux qualifications sur un seul fait. Il dit que les accusations de corruption et d’abus d’influence sont incompatibles.
Plus loin, il écorche le procureur général pour avoir menacé de placer sous mandat de dépôts les accusés dans la correctionnelle.
Chiffres à l’appui, l’avocat Fetnassi estime que la population carcérale algérienne s’élève à 50 000 personnes pour 33 millions d’habitants, soit 1%. Voulant lire un écrit d’un anonyme, en réalité une correspondance de Raghed Echamaâ, le conseiller, d’origine franco-libanaise, de Moumen Khalifa, la présidente du tribunal, Mme Fatiha Brahimi, l’empêche d’aller au bout de sa réflexion. S’agissant de Arifi, l’avocat précise que son client avait bénéficié d’une carte de gratuité et que cela est un fait tenu s’il est comparé aux propos d’un autre témoin, lequel avait affirmé avoir fait un acte de gestion en procédant aux placements Me Fetnassi réclame l’innocence de ses clients. Les plaidoiries reprennent aujourd’hui.
Hocine Lamriben
