Le monde entier a célébré hier la victoire des peuples contre le nazisme et la capitulation allemande à travers des manifestations grandioses. A Paris comme à Moscou en passant par Varsovie, pour les Européens le mot d’ordre était le même : la démocratie a triomphé, ce jour du 08 mai 1945, sur le fanatisme. En Algérie, l’évènement est aussi célébré, notamment à Sétif, où des milliers de personnes ont emprunté, hier, les rues de la capitale des hauts plateaux pour commémorer non pas la victoire contre Hitler et Mussolini, mais aussi pour rendre hommage aux milliers des leurs tombés le même jour avoir réclamé la liberté et l’indépendance. Journée de commémoration, le 08 mai de cette année est venu rappeler à la France une vérité occultée depuis maintenant soixante ans. Il est venu rappeler qu’il n’y a pas uniquement le 3ème Reich qui a tué mais aussi l’armée française, alors sous commandement du général De Gaulle qui, quelques mois auparavant promettait l’indépendance aux peuples colonisés à partir de Brazzaville, une capitale d’un autre pays occupé. Le soixantième anniversaire de ces évènements a donc réveillé les vieux démons des deux cotés de la méditerranée, même si le statu quo demeure de mise du coté officiel. Ni le président Chirac ni un membre de son gouvernement n’ont fait un geste. Seul l’ambassadeur de la France à Alger, Hubert Colin de Verdière a osé reconnaître, au nom de l’Etat français, que ces évènements » étaient inexcusables « . Les propos tenus par le diplomate à Sétif le 27 janvier dernier à Sétif sont certes appuyés par Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, dans un entretien publié hier par El Watan, qui plaide plutôt pour » un travail de mémoire « . Ce travail, selon toujours le ministre français, doit être laissé aux historiens et chercheurs qui ont déjà entamé l’entreprise à l’image d’un ouvrage collectif publié l’année dernière sous la direction de Mohamed Harbi et de Benjamin Stora. De toute la classe politique française, seul le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, a demandé à Jacques Chirac de présenter les excuses de la France au peuple algérien. M. Delanoë, qui s’est exprimé hier sur Radio J trouve » honorables les excuses présentées par la France aux juifs français » déportés lors de la deuxième guerre mondiale, mais fait rappeler que cela ne doit pas faire oublier à la France » une autre tragédie, qui est celle de Sétif « . Le maire de paris souhaite également que son pays » regarde en face la vérité et demande pardon au peuple algérien « , parce que, a-t-il poursuivi, » cela honore de dire la vérité, et parfois de demander pardon « . Du coté algérien, c’est le président de la République qui a déclaré que » le peuple algérien attend de la France un geste qui libèrerait la conscience française « . Abdelaziz Bouteflika, tout en évitant d’évoquer le pardon, a poursuivi dans son message rendu public avant-hier que » le peuple en entier attend encore de la France, qui a mis des décennies à reconnaître la guerre d’Algérie (…) que les déclarations de l’ambassadeur de France soient suivis d’un geste plus probant « . Par geste plus probant, le Président entend notamment la reconnaissance de la France de sa responsabilité » des évènement et des crimes commis durant ala période coloniale, y compris durant la guerre de libération « . A coté des officiels, des historiens se sont aussi prononcés, à l’image de Benjamin Stora, historien français spécialiste de l’Algérie, qui trouve que » des pas importants vers le pardon ont été réalisés par l’Etat français « , mais cela demeure à ses yeux » insuffisant et il faut aller vers la repentance « . Le même avis est partagé par son homologue algérien, Mohamed Harbi, tandis qu’un autre historien français, Claude Liauzu, qui s’est exprimé dans les colonnes du quotidien français Le Monde, parle de reconnaissance de la responsabilité, » sans aller jusqu’à la repentance « . Cet avis montre, si besoin est, que la France n’est pas près de faire un tel geste. Un travail colossal attend les deux peuples alors que les chefs d’Etats des deux pays s’apprêtent à parapher, à l’automne prochain, un traité d’amitié.
Ali Boukhlef
