Mort d’un élève ou agonie d’un système ?

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Mardi 12 avril 2005, le jeune lycéen Mohamed Yacoubi est poignardé à mort par un autre élève à la sortie du réfectoire de leur établissement, le lycée Debbih-Chérif d’Akbou. Cette “mort contre laquelle personne ne pouvait rien” comme l’avait alors qualifié le deuxième responsable de cet établissement est l’aboutissement inévitable de l’absence de garde-fous institutionnels à la pénétration de la violence de la rue dans l’institution scolaire. Ce crime matinal qui aurait pu avoir lieu dans n’importe quel établissement du pays est le fruit d’une régression progressive incontrôlée sous-tendue par l’entêtement des décideurs à vouloir faire jouer à l’école à tout prix un rôle social de garderie qui n’est pas le sien. De nombreux enfants sont martyrisés par des éducateurs malades, des surveillants et des enseignants, agressés par des élèves ou par leurs parents, des directeurs désarmés face à la vindicte de voyous qui impose leurs règles de gangsters à l’environnement scolaire. Il n’y a que les candides à être surpris par le stade extrême atteint par la violence à l’intérieur des établissements scolaires. Garder, contre vents et marées des élèves sans aucun requis cognitif de base, portant les effectifs à des niveaux de 45 voire 50 élèves par classe, de peur de gérer leur nuisance dans la rue est une atteinte flagrante aux droits de l’élève qui veut étudier normalement. Le sureffectif n’est-il pas la base de toutes les violences. “La brutalité n’est pas entrée par effraction dans le milieu scolaire, mais elle y constitue une culture, un mode de communication principal entre les acteurs de la vie scolaire régulée par des textes dépassés sans réponse aux problèmes concrets d’aujourd’hui”. La violence est dans le sous-encadrement, dans l’abandon des textes de base qui régissent le fonctionnement des établissements. Combien d’écoles tournent avec des jeunes du filet social ? N’est ce pas là une situation de non-droit ? Interdire le remplacement d’un agent administratif en congé de maladie, n’est-ce pas un abus d’autorité contre ses collègues qui doivent assumer sa charge de travail ? La faiblesse des salaires qui oblige les enseignants à recourir aux cours de soutien dans des hangars ou au travail au noir dans les écoles privées, n’est-elle pas une forme de “Hogra”.Le manque de textes de loi pour mettre fin au calvaire de nombreux enseignants dépressifs et à celui des élèves est une réelle inhumanité ! La violence est dans les emplois du temps, dans la surcharge du travail, dans les rythmes d’apprentissage endiablés, dans l’absence de répit, dans le manque de temps pour les distractions et les activités culturelles et sportives, dans l’obsolescence des programmes et des savoirs rébarbatifs transmis à l’enfant. Les droits de l’élève, ceux de l’enseignant, ceux des personnels administratifs ne sont garantis par aucun texte de loi. La démocratie à l’école est un vieux mirage. Le refus de reconnaître des syndicats réellement représentatifs d’une catégorie de travailleurs, partenaires privilégiés dans la régulation de la vie scolaire donc de la réduction de la violence, n’est-il pas un acte nourricier de la barbarie ? Minée par les appétits idéologique islamistes, étouffée par le nombre, freinée par le faible niveau de ses décideurs, notre école a atteint son seuil de contre-productive. Au lieu de former, elle déforme ; au lieu d’instruire, elle détruit ; au lieu d’éduquer, elle abrutit nos enfants. Après avoir formé des milliers de zombies assassins qui, au nom de leur idéologie importée avaient décidé de prendre les armes et exterminer leur peuple, voilà que l’école est devenue impuissante face à l’irréparable, incapable de prévenir et d’empêcher le crime en son sein.

Rachid Oulebsir

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