Commémoration du 49e anniversaire du décès du Cdt Si Lakhdar

Le Centre culturel de Lakhdaria a abrité, hier, la cérémonie de commémoration du 49e anniversaire du décès, au champ d’honneur, du valeureux commandant Si Lakhdar. A cette occasion historique, organisée par l’Organisation communale des moudjahidine de Lakhdaria avec la participation du musée du Moudjahid de Bouira, ce regroupement — le premier du genre — a réuni de nombreux moudjahids, la famille révolutionnaire de la contrée, quelques compagnons d’armes et plusieurs membres de sa famille. Dans les interventions de plusieurs de ses compagnons l’ayant côtoyé dans le maquis, dont Ahmed Rekhouane, responsable au niveau de l’organisation des moudjahidine, les intervenants ont relaté et fait revivre ainsi, à travers les différents faits d’armes, son comportement exemplaire tout au long de son combat qui l’a mené jusqu’au sacrifice suprême : le 5 mars, où le courageux combattant qu’est le commandant Si Lakhdar tomba au champ d’honneur en martyr pour l’Algérie.

Le commandant Si Lakhdar, de son vrai nom Saïd Mokrani, né à Palestro, plus précisément dans un village situé à l’ouest de la commune, Gueigour, le 6 novembre 1934, est issu d’une famille pauvre, paysanne. Il grandit dans cette région où il fit ses études dans la seule école de la contrée, à Palestro (actuellement Lakhdaria) où il devait parcourir journellement une dizaine de kilomètres. Il a appris aussi le dur métier de maçon au centre professionnel, seul métier accessible aux indigènes du village. Très jeune et dès le déclenchement de la lutte armée, il fut contacté par le Front de libération national pour être chargé, et ce début 1955, de l’organisation des maquis dans la région de Palestro et d’Aïn Bessem. Très tôt, il devint le premier responsable politico-militaire de la région.

Il fut rejoint peu de temps après, à la fin du printemps 1955, par Ali Khodja qui fut compagnon de lutte et un frère. Tous deux, ils réussirent à mettre sur pied de puissants commandos dont la valeur, la discipline et le courage avaient soulevé l’admiration de l’ennemi lui-même et au sein duquel il sèma la panique. Suite aux coups répétés des moudjahiddine sous la direction éclairée des frères Si Lakhdar et Si Ali Khodja toute la région est d’Alger fut embrassée, et ce malgré de nombreux renforts de troupes coloniales dépêchées sur les lieux. Partout, dans les djebels comme dans les plaines, Si Lakhdar faisait la démonstration de son génie de la guérilla et son courage était devenu légendaire : son aptitude à s’adapter et adapter les différentes techniques de son combat ainsi que son ascendant auprès de ses djounoud faisaient que les population les accueillaient à bras ouvert et avec fierté. Ses qualités de meneur d’hommes, d’organisateur, donnant toujours et en toutes occasions et circonstances le meilleur exemple, lui valurent d’être désigné en octobre 1956, peu après la tombée au champ d’honneur d’Ali Khodja, à Fort-de-L’eau, comme capitaine, chef de la zone I de la wilaya IV. Il fut appelé, début 57, au conseil de la wilaya en tant que commandant militaire adjoint au colonel Si M’hamed. Désormais, en sa qualité de chef militaire de la wilaya et sous la clairvoyance du colonel Si M’hamed, le Cdt Si Lakhdar s’employa avec ardeur et sans jamais se lasser à un vaste travail de formation, d’organisation et d’action dont l’objectif était la structuration et l’adaptation des structures de l’ALN aux fonctions de l’évolution de la lutte armée et l’intensification des actions militaires contre l’occupant.

Ainsi, au cours de cette période, chaque secteur était doté d’une section, chaque région d’une Katiba et les « zones du commando » pouvant se regrouper en bataillon, fort de 400 à 500 djounouds formés et équipés d’armes modernes, pour la plupart récupérées sur l’ennemi sur les champs de combat.

Mais pour Si Lakhdar la formation politico-militaire du moudjahid et sa maturité sont des facteurs déterminants : « Mettez, disait-il, une mitrailleuse entre les mains d’un djoundi qui n’a pas la foi et il perdrait sûrement son arme… Donnez un fusil de chasse à un djoundi qui sait s’en servir et qui croit en la justesse de son combat et il nous fera des miracles ».

Ainsi, à l’initiative de Si Lakhdar, un guide militaire De la guerre à la guérilla a été rédigé et, largement, il a décrit en détail la stratégie de la lutte armée, les principes et techniques de la guérilla et les consignes à suivre. Aussi, partout dans la wilaya IV, de l’Ouarsenis à Palestro et de la Mitidja à K’sar El Bokhari, l’ALN, sous le commandement de Si Lakhdar, remportait des victoires retentissantes aux portes-mêmes de la capitale : Alger. Réagissant aux coups sévères portés à son armée, celle-ci concentra d’importantes troupes, quadrilla les régions et utilisa une répression aveugle contre les populations civiles sans défense ainsi que des bombardements massifs, des ratissages et des incendies de forêts, utilisant le napalm interdit par la convention de Genève.

Dans la nuit du 4 au 5 mars 58, alors qu’il se trouvait avec le commando ALi Khodja et deux sections de la Katibat Zoubeiria au djebel Bagroune, deux guetteurs l’avertirent de l’arrivée imminente de colonnes de véhicules militaires ennemis, lesquelles convergeaient vers eux à partir de Tablat, Bousken, Sour El Ghozlane (Aumale) et Bir Ghbalou. Avant-même le lever du jour : l’encerclement était complet. Des milliers de soldats français escaladaient le djebel. L’accrochage était inévitable.

Le premier choc a été terrible : parmi les soldats des premières lignes, plusieurs dizaines de morts furent relevés. Pour éviter de plus grandes pertes face à des moudjahidine désirant vendre chèrement leur vie, l’armée française fit intervenir son aviation et ses chars.

Alors que le soleil était haut dans le ciel, le commandant Si Lakhdar fut touché par une balle de mitrailleuse tirée d’un avion. Le commando Ali Khodja et la Katiba Zoubeïria tentèrent une percée et réussirent à briser l’encerclement après un repli de quelques kilomètres vers Ouled Zenine avec le commandant blessé et transporté par deux djounoud. Si Lakhdar succomba à ses blessures et fut enterré sur les lieux-mêmes du combat. Au douar Zenine, une stèle en marbre fut érigée en hommage aux sacrifices de tous ceux qui, comme le Cdt Si Lakhdar, sont tombés au champ d’honneur pour que vive l’Algérie libre et indépendante.

Aujourd’hui, Lakhdaria (ex-Palestro), chef-lieu de commune et de daïra dans la wilaya de Bouira, porte son nom. Pour mémoire, nous citerons le témoignage d’un compagnon d’armes Boualem Hamrène, plus connu sous le nom de « Boualem la France » et résidant à Aïn Benian. Dans son témoignage, parlant des responsables de l’ALN, de la wilaya IV, venant de la zone II et allant vers la zone IV, il affirmait que « ces officiers étaient simples et modestes : leur seul souci était l’état, tant sanitaire que psychologique de leurs troupes. Ils passaient des soirées entières avec les djounoud. C’est au cours d’une de ces nombreuses soirées qu’une phrase notée par le commandant Si Lakhdar sur une page d’un de ses albums résumait ainsi : « Dieu Tout-Puissant, je ne sais quel est le chemin que d’autres pourront suivre mais en ce qui me concerne donnez-moi la liberté ou donnez-moi la mort ».

Quelques faits d’armes qui ont défrayé la chronique en 1956 : Le 9 juillet, au moment de l’opération 459, Si Lakhdar surprit l’ennemi à Guerrouma (à l’est de Tablat) lors d’un convoi de ravitaillement ;

Le 8 août, une patrouille du 117e RI perd 13 hommes au col du Bekkar au sud de la commune de Tablat (entre Tablat et Tourtatsine et une autre embuscade qui fait 5 morts au sud de l’Arbaâ.

Le 12, en bordure de Beni Slimane, Si Lakhdar accroche sérieusement un détachement du 1er RI. Bilan : 22 tués.

Le 21, Si Lakhdar, de nouveau, surprit une section du RI au moment où elle venait d’être déposée par hélicoptère dans la région tourmentée de Zberbar. Bilan : 17 morts.

Le 27 octobre, à 5 km de Tablat, une embuscade meurtrière contre un convoi du 1er RI à Beni Khalfoun, à l’est de Palestro, dans la commune de Thieis (Kadiria).

Ath Mouhoub