Y a-t-il une mafia du foncier à Bgayet ?

Y a-t-il une maffia du foncier à Bgayet ? Si l’on s’en tient aux échos recoupés sur les transactions illicites et les détournements à grande échelle dont font l’objet les terres agricoles de la wilaya, la réponse semble couler de source. En tout cas, et le commun des citoyens en conviendra, car c’est de notoriété publique : entre la vocation qu’on s’est proposé d’assigner à ces terres et l’image qu’on s’est proposé d’assigner à ces terres et l’usage qui en est réellement fait, il y a loin de la coupe aux lèvres. L’état actuel du foncier trahit de graves dysfonctionnements qui n’en finissent plus de tirer à conséquence. Invités à éclairer notre lanterne sur cet épineux dossier, des responsables en charge de ce secteur sont restés coi quant à l’ampleur des pratiques illicites affectant les terres et l’identité des personnes impliquées. C’est à peine si on reconnaissait du bout des lèvres l’existence de « quelques entorses aux textes en vigueur ». « Une enquête de la wilaya sera bientôt à pied d’œuvre pour déterminer les tenants et les aboutissants d’éventuels dépassements », nous rétorquera l’un de ces commis de l’Etat, comme pour couper court à toute discussion. Notre insistance pour obtenir plus d’information, s’avérera infructueuse puisque notre interlocuteur nous suggérera de nous en remettre aux formations politiques « qui prétendent maîtriser le dossier et détenir des noms ». L’on susurre que sur instigation du gouvernement, une enquête administrative sera diligentée incessamment aux fins de mettre la lumière sur les dérives grevant le foncier agricole en violation de la loi n°87-19 du 18 décembre 1987. Un cadre juridique qui définit le mode d’exploitation des terres agricoles relevant du domaine national. Ce texte stipule, entre autres, que les agriculteurs attributaires bénéficient du seul droit de jouissance. Ils ne peuvent, par conséquent, ni vendre ces terres ni changer leur vocation, en vertu du sacro-saint principe de l’incessibilité. Gageons que la commission annoncée, pour hardie et impartiale s’efforcera d’être, aura du pain sur la planche pour démêler l’écheveau. Car recenser toutes les terres agricoles, procéder à la collecte de toutes les informations permettant de dresser un état des lieux exhaustif et surtout situer les responsabilités sant loin d’être une sinécure. EAI, EAC : premières cibles ?Les Exploitations agricoles individuelles et collectives (EAI/EAC) issues de la restructuration de domaines autogérés socialistes constituent, à elles seules, un véritable imbroglio tant il est vrai que les attributions contraires à la réglementation et les détournements des terres de leur vocation agricole y sont légion. Des indiscrétions font état du partage par des membres d’EAC. Les périmètres agricoles dont ils ont la jouissance pour vendre ensuite les parcelles individuellement, souvent à des quidams qui n’ont aucun lien avec le travail de la terre. Dans certains domaines, une exploitation de type néo-esclavagiste s’est instaurée à la faveur de ces transactions illicites. Nombre d’ouvriers se sont ainsi retrouvés, à leur corps défendant, sous la coupe réglée, des nouveaux barons. On apprend enfin que les ministères de l’Intérieur et des Collectivités locales, des Finances et celui de l’Agriculture ont été instruits de prendre les mesures appropriées, mais aussi par l’aval des walis de déposer plainte devant les juridictions sur toutes les transactions illicites et les détournements du foncier agricole. Il est à espérer seulement que cette volonté affichée de l’Etat de faire le ménage sur ses parcours, ne reste pas un simple vœu pieux, auquel cas le slogan « La terre appartient à celui qui la travaille », ressassé jusqu’à la nausée depuis l’indépendance, demeure toujours aussi creux que le ventre d’un affamé.

Nacer Maouche