A partir de la ville de Sidi Aich, une route étroite et partiellement délabrée s’engage en direction d’un col ardu qui donne accès au village Sillal, à une dizaine de kilomètres au Nord.
Le relief montagneux, coupé de petites gorges, est en bonne partie tapissé de forêts.
Sillal est un village tranquille abritant le siège de la commune de Tifra, petite municipalité rurale. Hormis le paysage idyllique et le calme rédempteur de la montagne, la seule attraction du village Sillal reste la station thermale.
L’établissement aménagé le 17 juillet 1954 est géré par l’APC de Tifra, après un intermède de trois ans pendant lequel il a été confié en gérance libre à un privé. Le hammam accueille à longueur d’année une pléthore de curistes. On y vient des contrées les plus reculées du pays pour se délasser et laver son corps de tous les maux.
Du mal de dos au mal de vivre
Que cherchent donc les adeptes du thermalisme : dénouer leurs articulations ou leurs complexes ?
Peut-être les deux à la fois. La cure thermale qui consiste en un traitement par la chaleur (infernale) de l’eau de source et des bains de vapeur, est devenue aujourd’hui un « must ». « La moitié des curistes viennent ici pour soigner un problème articulaire. Les autres cherchent une remise en forme », analyse un sexagénaire qui tente, nous confie-t-il, de chasser le souvenir persistant d’une vieille sciatique. Et d’ajouter : « Depuis que je fréquente cet établissement thermal, les douleurs ont pratiquement disparu ». Les curistes alternent immersion dans l’eau chaude et le bain de vapeur. Un homme à la tignasse grisonnante prend son courage à deux mains et s’introduit dans le bassin d’eau brûlante.
Allongés à même le sol, deux jeunes, la trentaine bien sonnée, énumèrent à grand renfort d’arguments les bienfaits de la crénotherapie (soins par l’eau de source). Ils relèvent visiblement de la catégorie curistes légers car, nous disent-ils, ils ne souffrent de « rien de spécial ». Il s’avère en fait que l’un traque sournoisement un « vague malaise existentiel » et l’autre tente de noyer le « complexe de problèmes sentimentaux » avec l’hypothétique espoir que l’eau, en décapant les cellules mortes, leur apportera la solution.
Le mythe de l’eau
Les adeptes du thermalisme soutiennent que l’eau de source recèle de multiples vertus thérapeutiques. En effet, dans l’eau, la peau telle une immense éponge, se gorgerait d’iode tonique, d’indispensables oligo-éléments et de bénéfiques ions négatifs.
Une conception quasi mythique de l’eau de source qui a ses partisans dans la médecine classique. C’est le cas de ce praticien rhumatologue de son état qui estime que « si le thermalisme n’exerce aucune action scientifiquement démontrée, la majorité des curistes semblent en revenir soulagés, ce qui n’est déjà pas si mal ». Il n’omet toutefois, pas de mettre en garde contre le danger que représente la cure thermale pour les sujets atteints de certaines affections, telle que l’hypertension artérielle, l’insuffisance respiratoire et la tumeur maligne.
Alors, ce pouvoir du thermalisme est-il à jeter dans le même bouillon irrationnel que les injections de cellules fraîches, les cures de rajeunissement perpétuel ou les prédictions des voyants ?— « Pas sûr », dira encore notre interlocuteur. « Il y a quatre mille ans, rappelle-t-il, les Chinois utilisaient l’acupuncture. On vient seulement de découvrir comment ces piqûres d’aiguilles peuvent agir ». Le thermalisme quant à lui, ne date que des Romains. Il faut sans nul doute encore beaucoup de temps avant de découvrir tous ses secrets.
Nacer Maouche
