Colère larvée de la population

«Nous sommes des laissés-pour-compte, des oubliés des autorités… Notre lotissement créé, en quelque sorte, pour désenclaver la région, donner un coup de pouce au développement local, se retrouve par la conjugaison de plusieurs facteurs dont l’irresponsabilité, le laisser-aller et la mauvaise gestion sont non des moindres, la proie d’un sous-développement criminel…Cette situation doit cesser !», déclare avec conviction, M. Bachir, qui vient de fonder avec quelques-uns de ses compagnons, une association socioculturelle qui a comme principal objectif, le règlement des problèmes que rencontrent les habitants du lotissement. «On n’aurait pas créé cette association si nos problèmes étaient pris en charge par les autorités !», nous dit un autre membre fondateur. Exposer leurs requêtes dans un cadre institué, dans le respect des lois de la République, telle semble être la démarche des citoyens de Taourirt Ighil qui ne cachent pourtant pas leur colère. Colère larvée pour l’instant, mais qui pourrait s’exprimer autrement si les choses n’évoluent pas. Que demandent, au juste les habitants du lotissement Taourirt-Ighil? Dans tous les secteurs d’activité, ils vous lancent des doléances à la pelle. A les écouter, on ne s’empêchera pas de penser que tout se fait pour maintenir le lieu loin de tout essor social. N’aurait été le CEM qui y est implanté et le détachement de la garde communale qui donnent un peu d’animation aux lieux, on s’y croirait dans un no man’s land. Et pourtant, en matière d’infrastructures, l’Etat, n’a pas lésiné sur la dépense. Une mairie, une clinique, une poste, une école primaire ont été construites dès la création de ce lotissement, mais ces édifices ont été vite détournés de leur vocation initiale. L’école primaire sert de cantonnement à la garde communale, la clinique de réfectoire au CEM, la poste de local pour certaines entreprises… A quoi répond cette gestion qui ne travaille nullement pour le développement de la région? Mais, ce n’est pas tout. Un projet de 40 logements évolutifs a été réalisé sans qu’il soit mené à son terme pour permettre aux bénéficiaires d’y habiter. Plusieurs années après la réalisation de ces logements, le site n’a pas bénéficié de l’électricité et les accès qui y mènent sont presque impraticables. Comment, diantre ! voulez-vous développer une région si on fait tout pour éloigner les éventuels résidents ? A quand, se demandent encore les citoyens, le raccordement de leurs foyers à un réseau d’AEP ? Là aussi, un imposant château d’eau est érigé dans les lieux dans le cadre du projet sectoriel (Tifra, Taourirt-Ighil, Adekar) mais dont la mise en service annoncée plusieurs fois, est renvoyée aux calendes grecques. Comment ne pas attiser l’ire des citoyens quand tout se trouve devant eux et que ce «tout» ne fonctionne pas ? Dans un rapport qu’ils vont adresser au wali, les membres de l’association, nous disent qu’ils vont exposer dans le détail leurs multiples doléances qui empêchent un réel développement de la région et vont user de tous les moyens que leur confère la loi pour faire aboutir leurs revendications. Ce que regrettent ces membres, c’est de n’avoir pas pu exprimer de vive voix au wali qui était venu en inspection le mois d’avril écoulé, dans leur région, leurs problèmes. «Mais il n’est jamais trop tard, pour bien faire», nous déclarent-ils.

Boualem B.