Entre plume et galons

L’auteur de célèbre roman « Crime et châtiment » et les « Frères Karmazo », n’est autre que Féodor Mikhaïlovich, né à Moscou le 30 octobre 1821, fils d’un médecin militaire, Mikhaïl Andreivictch Doutoïvski et de Maria Féodorka Netchaïev, fille d’un négociant. Le petit Féodor est le second garçon d’une famille après Murel d’une année plus âgé que luinombreux. Les deux frères inséparables sont demi-pensionnaires à la pension du Français Soucharden 1833, puis internes à la pension Tchermak. Leur mère meurt en 1837 suite d’une tuberculose. C’est d’ailleurs la même année que la famille Dostoïvski débarque à Saint Petersbourg, où ils doivent se préparer à l’examen d’entrée à l’école supérieure des ingénieurs militaires. La séparation des deux frères s’annonce mal quand en 1838 Féodor est reçu, alors que Michel est ajourné. C’est comme si la mort de leur mère n’est pas suffisante, pour que l’assassinat du docteur Dostoïevski le père, en juin 1839, ne vienne alourdir la peine et le deuil du futur écrivain et son frère. Cependant, la mort de ses parents ne semble l’affecter, pour qu’il lâche ses études, puisqu’il passe avec succès l’examen de sortie de l’école supérieure des ingénieurs militaires, en août 1942. Il est également nommé sous-lieutenant, et rejoints la direction du Génie à Saint Petersbourg comme dessinateur. Féodor est désormais partagé entre les galons, le dessin et l’écriture. Il signe son baptème de feu avec la traduction du français au russe, d’ »Eugénie Grandet », le célèbre roman de Balzac, en témoignage à l’auteur qui venait de séjourner à Saint Petersbourg. Vite, la tentation de l’écrivain l’emporte sur la rigueur de l’armée. Il décroche ses galons qu’il troque contre la plume, en amoureux de la liberté. Un an après la traduction d’Eugénie Grandet, il écrit en1944 « Les pauvres gens ». Une nouvelle vie commence pour lui après avoir quitté l’armé et épousé l’écriture. Mais les noces ne s’annoncent pas de bonne augure. Sa vie bascule et se voit criblé de dettes. Et comme le malheur ne vient pas seul, il a en prime de sa vie difficile, des attaques d’épilepsie. En1846, paraîtra dans le recueil pertersbourgois, son premier roman, ainsi que « double ». Après l’installation de sa famille à Saint Petersbourg, en 1847, il publie trois autres romans, « Les nuits blanches », « Le mari jaloux » et « La femme de l’autre ». Son contact avec Vetrachevski, un fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères et son groupe de jeunes gens libéraux enthousiastes et Georges Sand sont un mauvais signe pour la suite de son existence. En effet, le 23 avril 1849, la police arrête 36 membres du groupe dont Dostoievski, qui seront incarcérés dans une forteresse et le 22 décembre, la peine capitale est commuée en une peine de travaux forcés en Sibérie. Dix ans réduits à cinq pour l’auteur du « Mari Jaloux ». Ainsi, du 25 décembre 1849 au 15 février 1854, les travaux forcés à la forteresse d’Omsk, s’ajoutent au calendrier de l’écrivain. Puis en 1854, il sera incorporé comme soldat au 7e bataillon de ligne d’un régiment sibérien à Semipalatinsk. C’est là qu’il fera connaissance de Dimitrievna Issaïeva, femme d’un instituteur et en devient amoureux. Il retrouve également le goût d’écrire en 1855, un nouveau roman, en l’occurrence « Les souvenirs de la maison des morts ». Il sera nommé sous-lieutenant une année plus tard. C’est la même année que Marie Dimitrievna devient veuve, et il la demande, et se marient le 6 février 1857. L’écriture devient sa raison d’être et l’armée est une corvée une fois de plus. Il fait de longues démarches pour la quitter, et il réussit à réaliser son vœu le 2 juillet 1859. Deux ans plus tard, commence à paraître les premiers épisodes de l’un de se romans les plus célèbre « Offensés et humiliés », dans la revue « Vremia » (Le temps) qu’il venait de fonder lui-même avec son frère Michel. Il fait la connaissance de Pauline Souslova, jeune étudiante aux idées très avancées. En 1962, l’écrivain publie « Les souvenirs de la maison des morts », dans « Le monde russe » et un grand retentissement auprès du public. Il entame un long voyage qui le mène pour la première fois à l’étranger : Berlin, Dresde, Londres, Paris, Genève, Turin, Florence, Venise et Vienne. Une année plus tard, l’interdiction de la revue Vremia tombe telle un couperet à la suite de la parution d’un article sur l’insurrection polonaise. Féodor entreprend un second voyage à l’étranger et a devient l’amant de Pauline qui le suit à Paris, et partant ensemble en Italie, mai elle le quitte pour un autre. Il vire dans les jeux et rentre ans un sou à Saint Petersbourg fin octobre. Mais l’année 1964, reste celle qu’il ne sera jamais prêt à oublier. Marie meurt et il écrit à son chevet « le sous-sol », puis Michel la suit quelque temps après, laissant derrière lui une veuve quatre enfants et des dettes qu’il prendra à sa charge. En 1865, il sera délivré quelque peu après la signature d’un contrat avec l’éditeur Stallovski, il paie quelques dettes et repart à l’étranger, mais perd du coup l’argent qui lui reste dans le jeu. Il se met à écrire son roman phare : « Crime et châtiment » qui paraîtra en 1866, chapitre par chapitre dans le « Message russe » et qui connaîtra un succès retentissant la même année. Il commence un autre roman « Le joueur, qu’il dictera à sa secrétaire Anna Gregorivna en 26 jours. Coup de foudre, il l’aime, le lui demande aussitôt et accepte de l’épouser. L’année suivante, ne connaîtra pas de succès de sa précédente. Après le mariage avec sa jeune secrétaire, il prend le chemin de l’étranger, où il joue et perd ses fortunes. En 1868, sa première fille naît et meurt à Genève, où il rédige « L’idiot » : une deuxième naît à Dresde, en Allemagne l’année d’après, puis il écrit la même année, « L’Eternel mari », qui paraîtra en 1870, dans la revue « L’aube ». Il retourne en Russie, en 1871, après une avance importante sur « Les démons » Féodor junior naît à Saint Petersbourg. En 1873, il devient son propre éditeur, secondé par sa femme, et publie l’Idiot et Les démons parus en volumes. La famille commence à souffler et loue une villa. Et Dostoievski écrit « L’adolescent » qu’il publiera en 1875, l’année de naissance d’un deuxième fils, Alexei. En 1876, il publie la revue « Le journal d’un écrivain » dont il est l’unique collaborateur, où il écrit des articles de critique littéraire, de politique, des nouvelles etc… En un an d’existence, sa revue fait du succès et compte trois mille abonnés. Le petit Alexei ne survivra pas longtemps et mourra en1878, après une crise d’épilepsie. Dostoievski est élu membre de l’académie impériale des sciences. Il interrompe la publication du « Journal d’un écrivain », pour se consacrer au roman très célèbre « Les frères Karamazov ». Une importante partie du livre paraît en 1879 dans « Le messager russe ». Lors de l’inauguration d’un monument en hommage à Pouchkine à Moscou en 1890, Dostoievski est invité à prendre la parole et prononce un discours qui lui donne l’occasion d’exprimer, en public ses idées sur le rôle de la Russie dans le monde, et le discours soulève un enthousiasme délirant. C’est le 8 novembre 1880 qu’il termine son grand roman « Les frères Karamazov ». Le 27 janvier 1881, Dostoievski meurt, à la suite d’hémorragie. Entre ses mains est ouvert l’Evangile sur ces mots au hasard « Ne me retiens pas ». Son enterrement le 31 janvier est suivi de trente mille hommes environ. Les critiques sont partagés sur l’œuvre colossale de ce géant de la littérature Russe. Beaucoup ont accueilli ses œuvres avec enthousiasme, et les jugent d’un apport considérable à la Russie et aux lettres universelles. Certains par contre, n’ont pas pris des gants pour le fustiger, de son vivant et même après sa mort. Apollon Grigoriev, dans une lettre publiée après la mort de Dostoievski fit des réserves sévères sur le roman « Humiliés et offensés », qui est surtout salué par Dobrolioubov, comme le principal événement de l’année 1861, Grigoriev traite les héros de l’œuvre de marionnettes et de mannequins. Il reproche également au « Temps » d’avoir surchargé Dostoievski de travail. Ce dernier qui a dédié le roman en question à son frère Michel, répond à Grigoriev en ces termes : « Si j’écris un roman feuilleton, j’en suis seule coupable. C’est ainsi que j’ai écrit toute ma vie… La revue qui débutait et dont le succès nous était plus cher que tout, avait besoin d’un roman, je propose un roman en 4 parties. J’assurai même à mon frère que tout le plan en était établi depuis longtemps, qu’il me serait aisé de l’écrire, que la première partie en était rédigée déjà…Ici, je n’ai pas agi pour l’argent. Je sais parfaitement que mon livre présente beaucoup de marionnettes, et non des êtres humains, qu’on y rencontre des livres ambulants et non des personnages revêtus d’une forme artistique… Dans le feu du travail, bien entendu, je n’en avais pas conscience, à peine si je le pressentais. Mais voici ce que je savais en commençant à l’écrire : que même si mon roman n’avait pas de succès, il contiendrait de la poésie, qu’il s’y trouverait 2 ou 3 passage ardents et forts, que deux caractères au plus haut pont sérieux y serait dépeints fidèlement et même avec art. Cette assurance me suffisait. Il en est sorti une œuvre étrange, mais elle renferme une cinquantaine de pages dont je suis fier. D’ailleurs, cet ouvrage a attiré sur lui une certaine attention du public.

Salem Amrane