Multiplication inquiétante des vols

Perplexes, ils ne savent pas quoi faire devant cette situation dramatique qui vient troubler quotidiennement leur tranquillité. Ils subissent, impuissants, le diktat d’une horde de malfaiteurs qui lui empoisonne la vie et qui semble ne reculer devant aucun obstacle. Pour le moment, visiblement, rien n’est entrepris pour mettre fin à leurs vils agissements. Ils les perpètrent dans une immunité déconcertante. Le havre de paix dans lequel baignait Aomar s’est transformé en enfer et ses habitants sont entrain de vivre un véritable cauchemar. Il n’y a pas un jour que Dieu fait sans qu’il ne soit signalé un vol ou une agression. Du petit larcin perpétré par des jeunes désœuvrés rongés par le chômage, aux vols concernant tout ce qui peut être monnayé contre quelques dinars. Ceux qui ont sombré plus profondément dans la délinquance bravent tous les risques pour pouvoir dérober quelque chose qui leur rapportera de quoi se payer quelques grammes de kif. La consommation de cette drogue s’est si banalisée qu’elle a atteint un niveau alarmant. Il est tout aussi inquiétant car elle semble ne pas avoir épargné la population qui, visiblement ne pouvant rien changer à sa situation, ne manifeste aucune volonté de résister à la tentation de fumer un « joint » comme il est dit dans son jargon, pour ressentir l’éphémère illusion de bien-être. Le chômage et le « mal-vivre » ont eu raison de la patience de cette jeunesse déboussolée qui ne croit plus en personne ni en quoi que ce soit. Elle ne voit rien, — qui peut changer son avenir — pointer à l’horizon. Corrodé par l’oisiveté, elle se rabat sur la drogue qu’elle associe bien souvent à l’alcool pour noyer son désespoir et échapper ainsi, ne serait-ce que pour seulement quelques instants, à la dure réalité qui fait son quotidien. Ces deux fléaux, que sont la drogue et l’alcool, précipitent sa décadence et l’entraînent inéluctablement vers une délinquance dévorante dont il lui sera très difficile, sinon impossible, d’en sortir. Après avoir perdu tout espoir de voir sa situation s’améliorer, elle se laisser aller, sans résister, à toutes les dérives. L’avenir meilleur qu’il lui a été tant promis tarde à arriver. Aujourd’hui, elle n’a cure des promesses qui lui ont été maintes fois faites et qui n’ont jamais été tenues. Cette jeunesse marginalisée, par son comportement agressif, se rebelle contre tout le reste de la société avec lequel elle ne trouve rien à partager. Elle a compris que les chemins qu’on lui a pavé de bons discours ne mènent nulle part. Alors, pour sa survie, elle a décidé d’opter pour le système D, celui de la débrouillardise.

Quand les jeunes sont à court d’argent, ils n’hésitent pas un seul instant à commettre vols et agressions pour s’en procurer. Ils ne s’embarrassent alors point de scrupules pour accomplir leurs méfaits. La petite délinquance qui a longtemps été négligée pour des considérations de priorité n’a pas subie de coups suffisamment dissuasifs pour l’étouffer à ses premières prémices. Aujourd’hui, elle prend des proportions alarmantes. Pour qu’elle ne dégénère pas en grand banditisme, contre lequel il faudrait livrer une lutte beaucoup plus ardue, son éradication devrait être inscrite dans les priorités premières des pouvoirs publics.

Cette délinquance a prit une telle ampleur que ses auteurs, croyant pouvoir encore et toujours agir dans l’impunité, sont passés à un degré supérieur dans la violence pour agir en véritables gangsters. Le vol est devenu à Aomar, par la force de ses répétitions immunies et ses fréquences infernales, si banal qu’il n’étonne plus personne, même pas celui qui en est victime. Il est devenu si coutumier d’apprendre qu’un vol a été commis que lorsqu’il arrive, par miracle, qu’un jour il n’en s’en produit pas, cela étonne plus d’un. Tout est convoité. Les magasins, les épiceries, les domiciles, les voitures, le bétail, rien n’y échappe. Même une pharmacie n’a pas été épargnée et une grande quantité de psychotropes à été dérobée. Partout où il est repéré quelque chose sur laquelle ils peuvent mettre la main, les voleurs, le moment opportun, passent à l’action. Ils ont élaboré une tactique de vol qui, jusqu’à présent, semble bien marcher puisqu’elle réussit à tous les coups. Aucun délit n’est resté au stade de la tentative. Les objets de leurs convoitises ont toujours été dérobés.

Cette tactique consiste à opérer les nuits de mauvais temps. Le bruit qu’ils font en fracassant les portes est couvert par celui de la pluie ou du vent. C’est ainsi qu’ont été commis de nombreux vols dont plusieurs voitures.

La nuit, les voleurs prennent possession de la ville et deviennent les maîtres absolus. Rien ne vient les déranger dans leurs sinistres besognes. L’absence de ronde d’un corps de sécurité leur laisse tout le loisir de commettre leurs forfaits à leur aise. Ils profitent de la situation sécuritaire pour imposer leur diktat à une population paniquée qui ne sait plus à quel saint se vouer pour réclamer un minimum de protection.

Pour le moment, elle ne peut compter que sur celle de Sidi Athmane, un saint que l’on vénère à Aomar et à qui on attribue un grand pouvoir protecteur. La population, qui vit dans un désarroi total et un état de psychose intenable, a accueilli avec soulagement la construction de la sûreté urbaine qui est en train de se réaliser. Elle fonde sur elle beaucoup d’espoir pour voir la quiétude se réinstaller à Aomar. Mais en attendant, les gens aujourd’hui, en plus de craindre pour leurs biens, vivent avec la hantise de se voir agresser physiquement.

Ahmed Chibani