Avant de franchir le seuil de la maison de rééducation d’El Khemis, bâtie avec les pierres de la loi, une “drôle de sensation” s’est emparées de nous, bien que l’accueil était chaleureux. Hormis ces hommes habillés en bleu qui circulaient librement, l’intérieur de l’établissement était vide de ces enfermés comme si une grâce présidentielle les a arrachés subitement aux barreaux. La peur qui s’est accaparée de nous est vite dissipée lorsque on découvre qu’à la place des prisonniers, on y trouve des tableaux et peintures exposés.
Mais, au fond de tout un chacun, ici présent, venu rencontrer bénévolement les détenus incarcérés, pour les soutenir et les réconforter, se mêlent des sentiments contradictoires.
Certains se disent que les prisons sont faites légitiment pour ces fautifs, d’autres n’écartent pas l’idée que l’erreur est humaine et personne n’est à l’abri de la faute. Elle est aimable de par toute cette chaleur humaine qui émane des pièces occupées, mais triste est cette maison où sont détenues des personnes condamnées à une peine privative de liberté ou en instance de jugement. A l’occasion de Youm-El Illm, fêté chaque 16 Avril, les pensionnaires de la maison d’arrêt de Béjaïa, ont eu droit à une visite officielle des représentants de l’institution judiciaire et des pouvoirs publics de la wilaya.
L’initiative vise à la préparation de leur réinsertion sociale tout en les encourageant à se former et à se spécialiser. Ces derniers sont exhortés à prendre part à ces activité éducatives et de profiter des programmes de formations qui leurs sont proposés. La priorité est accordée à l’activité pédagogique qui permettra aux détenus de rester à l’écoute des derniers progrès et d’être, par ce fait, au courant de ce qui concerne la société.
Par la beauté de ce geste venant des magistrats de la cour et du parquet de Béjaïa, quelques détenus ont eu le mérite d’être honorés en cette journée baptisée Youm El Illm. Dans la salle où se tenait la réception, les 13 heureux attendaient patiemment qu’on leur rende justice même par ce geste symbolique mais combien significatif.
Ils ont participé à un concours de poésie, de jeu d’échec et de peinture. Leurs œuvres étaient accrochées juste après l’entrée, en signe d’encouragement. Sur un nombre important de participants, ce sont ces 13 “artistes” à pouvoir décrocher les premiers prix. Les lauréats, dont une fille, ont été gratifiés par des présents symboliques offerts par la direction des affaires religieuses, la direction de l’action sociale et du tribunal. “La Réforme de la justice commence d’abord par la transformation des maisons pénitentiaires. C’est une preuve des profondes mutations qu’on compte introduire notamment dans la gestion de ces milieux”, dira le Procureur général près le tribunal de Béjaïa, M. Lazizi, ému d’avoir tiré ces lauréats, au moins pour quelques instants, à leurs ambiance carcérale. De son côté, le directeur de l’action sociale de la wilaya s’est engagé d’aider ces jeunes à se réinsérer dans la société en leurs offrant des emplois dans le cadre du prè-emploi. Heureux de ne pas être surpris par ce qu’on appelle la psychose carcérale ou le comportement réactionnel que manifeste un détenu suite à l’emprisonnement, les visiteurs ont quitté le lieu avec comme promesse de transférer cette prison, dont l’état malheureusement nous renseigne sur son exiguïté et sa vieillerie, à Oued Ghir, où un projet de construction d’une nouvelle maison d’arrêt, répondant aux normes internationales d’incarcération, est en cours.
Fatiha Lahiani
