Les Français sont appelés, aujourd’hui, à une élection présidentielle des plus controversées depuis la création de la Ve République.
Au-delà des résultats qui sortiront, dès ce soir, la présidentielle de cette année marquera, sans nul doute, un nouveau tournant dans la scène politique de l’Hexagone.
Il y a, d’abord, le chiffre, puisque sur les 44 millions de Français qui s’expriment aujourd’hui, 3,3 millions le feront pour la première fois. Puisque, redoutant l’effet Le Pen de 2002, les électeurs se sont précipités pour s’inscrire et voter en masse, selon plusieurs sondages effectués depuis le mois de décembre dernier, pour éviter toute mauvaise surprise. Sur le plan politique, près de la moitié des douze candidats en lice, sont issus de l’extrême gauche, qui n’arrive toujours pas à se fédérer autour d’un seul postulant. Mais la majorité des candidats, en plus du débat d’idées, qui s’est avéré riche durant toute la campagne électorale, s’est trouvé un nouvel ennemi à abattre, en inventant le concept de » Tout sauf Sarkozy « , allusion au candidat de l’UMP (Union pour un mouvement populaire) de la droite républicain, que beaucoup soupçonnent de se rapprocher de Jean-Marie le Pen, le candidat de l’extrême-droite, admis au deuxième tour de l’élections présidentielle de 2002.
Mais paradoxalement, c’est ce même Sarkozy que tous les sondages, à des différences près, donnent comme favori au premier et même au deuxième tour, devant sa rivale socialiste, Ségolène Royal, qui vient souvent en deuxième position. Le candidat de l’UMP, qui a reçu des soutiens notamment des anciens présidents de la République, à commencer par Jacques Chirac, qui quittera l’Elysée après douze ans de règne, et par Valéry Giscard d’Estaing, traditionnellement proche de l’UDF, parti centriste, qui a présenté François Bayrou à la consultation électorale. Et ce dernier, qui se présente pour la troisième fois, fait figure du troisième homme dans les sondages, dépassant ainsi pour la première fois le vieux leader du Front national, Jean-Marie le Pen. Sur le plan des idées, la campagne de cette année a porté sur des sujets qui ont toujours animé la scène politique française depuis des années.
Il s’agit surtout de chômage, officiellement en baisse depuis l’arrivée de Dominique de Villepin à la tête du gouvernement en septembre 2005, de l’immigration et des délocalisations, notamment des multinationales qui préfèrent s’installer dans les pays émergents, tels la Chine et l’Inde à cause des charges moins élevées. C’est sur ce terrain, notamment, que le candidat de la majorité sortante, Nikolas Sarkozy, a beaucoup misé en s’appuyant notamment sur » les valeurs du travail » qu’il met en avant pour lutter contre l’érosion du pouvoir d’achat, tandis que les socialistes, représentés par Ségolène Royal, première femme politique française susceptible de devenir présidente, préfère axer sur la création et la sauvegarde des emplois.
Aux derniers sondages, interdits par ailleurs durant toute la journée d’aujourd’hui, Jean-Marie Le Pen remonte et se place en troisième position devant François Bayrou. Mais en attendant la fermeture des bureaux de vote, rien n’est encore joué, et quels que soient les deux qui se détacheront du lot ce soir, il faudra attendre le 7mai prochain pour connaître le successeur de Jacques chirac.
Qui présidera, donc, aux destinées de la cinquième puissance mondiale ? Une première lecture dès ce soir.
Ali Boukhellef
