“100 000 victimes du terrorisme”

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C’est devant une assistance nombreuse mais triée sur le volet qu’Ahmed Ouyahia a prononcé, jeudi, un discours à la Maison de la culture de Béjaïa. Mais les « perturbateurs »- le mot hantait les militants du RND commis à un service d’ordre tatillon- auront réussi à se procurer des « cartes d’invitations » et à s’engouffrer dans la salle. C’est aux cris d’ »Imazighène ! » qu’Ouyahia est accueilli. Et comme pour se démarquer de ce marquage identitaire, le chef du RND se dira charmé d’être parmi les siens que ce soit ici à Béjaïa « à Biskra ou à Timimoune »…

Tout cela demeure très sympa sauf que les choses vont un peu se gâter à la fin du meeting. Des « Bouteflika-Ouyahia, houkouma irhabia » fuseront depuis le fond de la salle de la part de ce qui semble être une poche de jeunes malvenus. « On est en démocratie, non ? », rétorque-t-on aux exhortes à la retenue lancées de-ci de-là. La démocratie ? Ahmed Ouyahia aura, tout au long de son speech, plaidé pour sa promotion tout en invitant à un consensus sur des questions comme la lutte antiterroriste. Mais c’est d’abord aux victimes des évènements de Kabylie que le chef du RND réservera ses premières pensées. Dans une allusion aux pourparlers qu’il avait engagés avec le mouvement des archs en sa qualité de chef du gouvernement, il souligne que « la parole de l’Etat sera tenue » et qu’il appartient à l’institution judiciaire de faire la lumière sur les responsabilités à l’origine du bain de sang, connue par la Kabylie à partir d’avril 2001. Il se félicite que tamazight soit extraite à la « surenchère politique » et appelle à en faire désormais un facteur d’union nationale. Dans la foulée, il égratigne les partisans de l’autonomie de la Kabylie. Pour cette fois-ci et contrairement à sa précédente sortie dans cette même Maison de la culture, Ouyahia épargne les tenants du « fédéralisme ».

Sur l’inévitable question sécuritaire, il se montrera assez approximatif avec une emphase de « retour à la paix » profondément contrariée par l’impact des attentats du 11 avril dernier. « L’Etat a les moyens d’éradiquer le terrorisme ! », souligne-t-il néanmoins. L’ancien chef du gouvernement délivrera, en l’occurrence, un chiffre sans doute inédit. Selon lui, ce sont 100 000 personnes qui ont péri en martyrs du « devoir national ».

Son analyse place le chômage puis la mono-dépendance aux exportations en hydrocarbures au rang des défis majeurs qui se posent au pays après le terrorisme. S’attaquant à ses « cousins germains » (l’expression, en kabyle dans le texte, est de lui et viserait le FLN), il s’inscrit en faux contre les politiques tendant à une redistribution de la rente nationale. « Nous ne vous disons pas comme le font nos cousins-germains que Hassi-Messaoud appartient au RND ! », avertit-il sarcastique. Il se montre en l’occurrence sceptique quant à l’impact d’augmentations volontaristes des salaires et préfère plutôt un certain nombre de mesures tendant à améliorer indirectement le pouvoir d’achat des ménages. Il plaide ainsi pour une baisse de la TVA qui frappe la production nationale, une autre baisse de l’IBS (impôt sur le bénéfice des sociétés) et un renforcement du dispositif d’emploi de jeunes à travers notamment, une obligation à faire aux banques de débloquer, automatiquement un prêt à tout titulaire d’une attestation d’éligibilité ANSEJ. Le chef du RND, qui a développé un programme économique et social digne d’une campagne présidentielle, veut, entre autres, une baisse du prix de cession du foncier industriel et une bourse pour les élèves issus de couches les plus démunis. Empruntant au « mathématisme » de Nicolas Sarkozy, il va jusqu’à détailler les gisements dans lesquelles, il compte puiser, pour financer ce programme décliné en 140 propositions.

M. Bessa

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