L’affaire que le tribunal criminel de Bgayet a eu à examiner hier concerne un couple dont la femme est accusée de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, et la victime n’est autre que son propre mari avec qui elle a dans un premier temps divorcé puis repris la vie commune après quelques années de séparation, pour le bien des enfants, avance-t-elle. Alors que les faits se situent en 1997, ce n’est qu’en 2001, suite au rapport d’expertise médicale dressé par le médecin légiste indiquant la nature et les conséquences des blessures, que l’épouse A. G., née en 1954, est suspectée d’avoir tué son mari. Auparavant, la plainte était déposée contre X. «Alcoolique, c’est une vraie vie d’enfer», déclare l’accusée, que son mari faisait vivre au couple et à ses 3 enfants. Les faits remontent à la nuit du 4 décembre 1997, nuit au cours de laquelle, selon l’accusée, son mari qui a l’habitude de boire rentre saoul avec une autre bouteille. Il l’aurait bue à la cuisine, puis il s’est emparé d’un couteau et d’une bombe lacrymogène et serait ressorti pour boire encore et rencontrer ceux avec qui il avait l’habitude de boire. Ce n’est qu’à une heure très tardive qu’il rentre à la maison toujours ivre et portant des blessures à la tête et au visage. Elle lui aurait nettoyé le sang, appliqué du café sur les plaies et pansé ses blessures avec un foulard. Vers 5h, quand il s’est mis à ronfler anormalement, elle aurait fait appel à un voisin pour le transporter à l’hôpital où il aurait décédé le même jour vers 9 h suite à ses blessures. Balayant d’un revers de la main les affirmations de l’accusée, le président du tribunal déclare que, selon le dossier et les divers témoignages quand le chauffeur a déposé la victime chez elle vers 21 h, elle n’en n’est pas ressortie de la nuit. A. A., la victime, ivre, était indemne de toute blessure parce que, souligne le président, les expertises médicales affirment après avoir reçu les coups, la victime ne pouvait plus se déplacer, et deuxièmement si elle avait reçu les coups à l’extérieur de la maison, il y aurait des traces de sang dans les escaliers. Et que, d’autre part, la victime a été frappée par une personne gauchère et l’accusée a reconnu devant le juge qu’elle était ambidextre. D’ailleurs, les voisins ont déclaré qu’ils ont entendu du bruit dans le domicile du couple vers 21h. Répondant à une question du président, le voisin qui a transporté la victime à l’hôpital au matin du 5 décembre 1997 a déclaré que le blessé a été transporté étendu sur un matelas et qu’il ne savait pas s’il était mort ou vivant. La partie civile pour qui il n’y a aucun doute sur la culpabilité de l’accusée a surtout axé son intervention sur la sauvagerie du crime : la victime a reçu des coups à la tête avec un objet lourd contenant, probablement, précise l’avocat de la partie civile, un pilon en cuivre. Le procureur dans son long requisitoire insistera notamment sur les rapports des médecins légistes, rapports selon lesquels la victime aurait reçu des coups à la tête et au cou et que ces coups ne permettent pas à celui qu’il a reçus de ce déplacer. Autrement dit, la victime a été frappée à l’intérieur de la maison, où elle est en conflit avec son épouse, alors qu’à l’extérieur, on ne lui connaissait pas d’ennemis. A la fin de son intervention, il requiert une peine de 20 ans de réclusion criminelle. Quant à la défense, après avoir rappelé les arguments de la victime, elle plaidera surtout l’innocence de l’accusée vu l’absence de preuves qui établissent sa culpabilité. Elle plaidera aussi le fait que l’accusée est plutôt la victime, parce que c’est son mari qu’on a tué. La défense remettra aussi en cause les rapports des expertises médicales qui ne sont pas explicites quant aux causes du décès de la victime.
B. Mouhoub
