Si les publications en tamazight sont fortement dominées par le recueil de poésie, il est à constater que parfois d’autres genres voient le jour, au bonheur des élèves, des étudiants, ou simplement des lecteurs mordus de leur langue. Tifaggur d sin yemnayen est un conte très long, publié par Nadia Djaber. Elle raconte l’histoire du fils d’un roi gâté par tous les délices du palais, mais privé de liberté. Au moment où les enfants et adolescents de son âge jouaient et erraient, lui, cloîtré derrière les murs de la résidence royale, où il recevait des cours et des entraînements sportifs. Le jour où il découvrit l’extérieur, il fût touché dans son amour propre par une veuve qui voulait à tout prix l’éloigner du royaume. C’est alors l’aventure pour trouver et ramener « Tiffagur » dont la beauté faisait rêver tous les hommes. L’auteur a usé d’un langage simple et fluide, ponctué par des proverbes et expressions qui rehaussent la valeur du texte. Et ce n’est certainement pas les cinquante-et-un néologismes, traduits en français à la fin du livre qui créent la difficulté pour la lecture d’un conte pareil, vu sa longueur. Ce nombre de néologismes est insignifiant pour les 100 pages du livre. Cependant, il y a à redire dans la transcription qui laisse transparaître plusieurs erreurs et quelques anomalies, qui risquent de dérouter les jeunes lecteurs particulièrement. Un travail qui aurait pu être transmis aux professionnels, pour correction, à défaut d’absence de comité de lecture dans des maisons d’éditions locales. Et quand on sait que d’autres adressent leurs manuscrits directement aux imprimeurs, le risque de trouver des lacunes dans ces publications est plus qu’attendu. Il est certes, temps de penser à la production en premier lieu dans la langue de Mouloud Mammeri, mais pas en fermant les yeux sur les irrégularités. Le bricolage et la médiocrité ne jouent jamais en faveur d’une langue, qu’on essaye, par dessus le marché, d’imposer sur les plans institutionnel et constitutionnel. Le livre de Nadia Djaber, en fait, n’est pas un simple conte qu’on a entendu chez sa grand- mère, ou son grand-père et qu’on essaye de mettre sur papier. L’auteur ne s’est pas contenté de ça, quand on voit la longueur de ce conte, on ne peut s’empêcher de croire qu’elle a bel et bien donné libre cours à son imagination pour donner son cachet à cette histoire de deux cavaliers, issus de conditions sociales opposées. L’un est prince, et l’autre prisonnier d’un autre roi, et libéré par ce prince pour qu’il soit son ami, son compagnon, mais aussi son garde du corps. Les petits détails que Nadia Djaber nous fait voir sont sans doute, le fruit de son imagination. Il caresse effectivement un autre genre littéraire, le roman en l’occurrence. Ce livre au format de poche, de 100 pages, a été illustré par Hocine Hettal, qui n’est pas à présenter, lui qui a marqué de son empreinte, plusieurs ouvrages, tous genres confondus. ll est en conclusion, quelque soit les circonstances de sa publication, un maillon de la chaîne de l’écriture de tamazight, que les lecteurs et élèves trouveront pour leur lecture. Encourager des livres en tamazight c’est bien, encourager les bon livres en tamazight c’est mieux.
Salem Amrane
