La Dépêche de Kabylie : Azoul à Massa, à quoi est due cette absence de deux années et demi ?
Massa Bouchafa : Azoul fellak, vous savez, c’est depuis des années que je chante et je ne m’arrête pas de faire des concerts, galas et fêtes familiales ici en France et en Algérie. Je me suis beaucoup consacrée à mon art mais depuis le dernier album Ammoukhelkhal sorti en 2005, j’ai pris la décision de me reposer un peu pour prendre un petit recul mais aussi bien voir ce qui se passe sur scène d’autant plus que ce dernier produit n’a pas tenu ses promesses et n’a pas très bien marché. C’est là qu’on a pris un peu de temps libre avec M’hend en se posant des questions sur les raisons de l’échec.
Justement quelles en sont les raisons ?
C’est un album qu’on a préparé avec beaucoup de précipitations, on avait la tête beaucoup plus dans les tournées, assez nombreuses, que dans le travail de studio et malgré la pertinence des sujets des chansons et la beauté des musiques, on n’a pas pu mettre en œuvre tout ça et le résultat : l’album est passé à côté. Ce sont des choses qui arrivent dans ce métier.
Est-ce que le manque de temps et de concentration sont les seules raisons ?
Non, il y a également d’autres facteurs externes qui ont contribué.
C’est quoi ces facteurs externes ?
On a compris avec M’hend que la chanson kabyle a beaucoup évolué ces derniers temps avec cette nouvelle vague de chanteurs, de musiciens et d’arrangeurs. Un grand changement s’est produit et une autre chanson, plus tendance, aimée par les jeunes et les moins jeunes, est née. On estime aujourd’hui que le seul moyen d’avancer, est de mettre à jour mon travail sur le plan arrangement, instrumentation et mélodie.
Voulez-vous dire que vous allez changer de style ?
Non, mon style reste le même, il fait partie de ma personnalité artistique mais, vous savez bien que dans ce domaine celui qui n’avance pas recule et nous, on a décidé d’avancer, d’ailleurs, on l’a toujours fait. Il faut apprendre à rénover que se soit sur le plan thématique ou mélodique mais tout en gardant son timbre et son style personnel chose qu’on a essayé de concrétiser dans ce nouvel album.
Dans quelles conditions avez-vous préparé cette nouvelle œuvre ?
Le peu de succès qu’a eu l’album précédent nous a apporté beaucoup d’enseignements car c’est là qu’on a commencé à réfléchir, à songer à opter pour une nouvelle méthode de travail plus efficace et plus actuelle avec l’apport de nouveaux artistes compositeurs.
Pouvez-vous nous parler un peu plus de ce nouveau compositeur ?
Il est vrai que cette fois-ci, en plus des compositions de mon mari et moi, on a fait appel à Mourad, mon beau-frère, un excellent auteur-compositeur qui a collaboré avec quatre chansons sur les huit.
Comment cette idée de travailler avec Mourad vous est-elle venue ?
Non seulement, il est un très bon auteur et compositeur mais il possède une bonne oreille musicale et suis bien l’actualité, vivant en Kabylie et travaillant dans la vente de disques, il est tout proche du public donc jouit d’une bonne connaissance des nouveaux goûts des jeunes, il baigne bien dans cette nouvelle vague artistique. En dépit de son jeune âge et son manque d’expérience, on lui a fait totalement confiance et je crois qu’il la mérite bien car des fois à force de murir dans ce métier, je trouve que donner une chance aux jeunes fait aussi partie de notre mission artistique, seul moyen de garantir une bonne relève. J’avoue qu’avec Mourad, j’ai épousé facilement ce nouveau courant musical.
L’enregistrement s’est-il fait en Algérie ou en France ?
J’ai commencé avec une maquette enregistrée ici en France avec mes musiciens Hakim, Nabil, Zaheir et Mourad, puis je l’ai retravaillé avec d’autres musiciens d’Algérie notamment le groupe de Malik Ait Yakoub pour obtenir enfin un travail final mixte avec les deux touches différentes mais le mastering final a été “bouclé” ici en France.
De quoi traite ce nouvel album ?
Il traite de sujets variés ; amour (Xatixati, je ne voulais que toi, laahed), la joie de faire la fête (Elferhiw) il y a aussi du social ( Acughar alvavour ) une chanson qui parle du mal-être des jeunes du pays qui veulent partir coûte que coûte et quitter le pays mais pour lesquels les portes sont fermées, sans oublier de rendre hommage aux martyrs du Printemps noir (si Bgayet ar Tizi-ouzou) et à la femme kabyle (Taqvaylit). Ce sont des chansons aux rythmes multiples de tous les coins d’Algérie folklore, aalaoui, staïfi.
Il y aura sûrement une campagne de promotion pour cet album ?
Effectivement, on est en train de se préparer pour une longue tournée qui débutera en Algérie à partir de ce mois de juillet avec des concerts et des galas, ensuite on reviendra en France à la rentrée. Actuellement et après le succès qu’ont eu mes deux galas à l’Espace Neuilly et à la salle de BRTV les 6 et 27 mai, je suis à pieds d’œuvre avec mes musiciens pour la perfection des chansons. De se côté, mon mari s’occupe de la promotion de l’album à travers la réservation des salles, l’organisation d’émissions télévisée et radio que ce soit en Algérie ou en France et pourquoi pas participer à des festivals ou autres évènements culturels.
Y a-t-il un tournage de clip spécialement pour cet album
Oui, on a commencé à tourner un clip en Kabylie, et comme mon public aime bien ça. Il sera bien rythmé pour le danse. Une sortie de DVD est aussi en projet pour 2008.
Vous voulez peut-être dédier cet album à quelqu’un ?
Oui évidemment, je voudrais bien remercier tous ceux et celles qui ont contribué à la réussite de ce travail surtout Mourad et Saïd Bouchafa, mes musiciens d’Algérie et de France, sans oublier mes fans qui m’encouragent toujours.
Entretien réalisé par Djillali Djerdi
