Vers 10 h 20 et à près de 300 m avant notre arrivée à la gare, un bruit sourd et sec déchire le ciel.
Nous avons pensé au choc d’une collision entre deux voitures. Le bruit a suscité toute notre curiosité et il provient du lieu de notre destination. Nous pressons le pas vers le lieu de l’explosion. De loin nous apercevons des mouvements dans tous les sens. La circulation sur le boulevard principal commence à se bloquer. Les premières voitures de police arrivent l’une derrière l’autre à vive allure, en plus du son strident des sirènes. Chacun demande à l’autre ce qui s’est passé. A vrai dire, après quelques minutes, personne ne sait encore de quoi il s’agit. Un policier ouvre la portière du fourgon et demande à un citoyen ce qui se passe. “Je ne sais pas…”, répond ce dernier.
Ce n’est qu’en arrivant à près de 50 m du lieu que nous apprenons qu’il s’agit d’explosion d’une bombe. La scène s’agite de plus en plus. On court dans tous les sens. Certains fuient les lieux, d’autres par curiosité accourent vers le lieu de l’explosion. Une jeune fille en état de choc est portée par deux jeunes vers le bâtiment en face. A droite, un blessé est secouru par un groupe de personnes. C’est un jeune d’une trentaine d’années. Son bras est tendu et porte des taches de sang. En dépit de la peur, nous continuons notre marche vers le lieu de l’explosion. Nos pas sont stoppés par des policiers en civil qui s’affairent à éloigner les gens et établir un périmètre de sécurité. On parle de morts et de blessés. La confusion s’installe de plus en plus. A ce choc s’ajoute le son des sirènes des ambulances, des voitures de police et de la Protection civile qui arrivent à vive allure de tous les côtés.
De plus en plus, tous les quartiers de la gare routière deviennent noire de monde. Les ambulances redémarrent à la même allure, en évacuant des blessés. Quelques minutes après, nous apprenons qu’il s’agit d’une bombe actionnée à distance contre des policiers en faction. Les badauds sont de plus en plus nombreux. Des policiers par dizaines les font éloigner. Un citoyen furieux fonce droit vers le lieu du drame. Il a été immobilisé difficilement par les policiers. L’homme crie et demande qu’on le lâche. Il s’agit peut-être d’une personne ayant un proche exerçant près du lieu du drame. De temps à autre, les policiers perdent leur sang-froid face à cette foule curieuse, qui ne veut pas dégager les lieux.
“Eloignez-vous, nous vous en supplions. Peut-être que d’autres bombes vont exploser !”, ne cesse de crier un policier à l’endroit de la foule.
La gare routière a été fermée à la circulation. Même sans cela, il serait absurde de tenter de prendre un bus dans de telles circonstances. C’est donc dans un taxi que nous prenons la route vers Alger. Le chauffeur de taxi est encore sous le choc : “Je suis encore choqué. Nous étions les premiers à arriver sur les lieux du drame”, nous a déclaré ce chauffeur et d’enchaîner : “Je suis triste. La vie n’a pas de sens lorsqu’on voit des citoyens assassinés par d’autres citoyens. A quand la fin de ce cauchemar?”, fulmine-t-il. Depuis, le téléphone ne cesse de sonner. La nouvelle a vite fait le tour de la wilaya et en dehors. On nous appelle de Aïn El Hammam, de Tigzirt, d’Akbou… etc.
La rumeur disait qu’il s’agit d’une bombe ayant explosé à la gare routière, et ayant fait plus de 80 morts !
Il a fallu à chaque fois les éclairer objectivement sur la réalité du drame.
Tizi est loin derrière nous ; à Alger, la nouvelle est déjà largement répandue.
La bombe ayant explosé ce matin est certainement un geste de manifestation des groupes terroristes d’Al QaÏda, encore en activité. Une manière à eux de signer leur présence en semant la mort et en faisant plonger la population dans l’inquiétude et la terreur.
Mourad Hammami
