Sidi Khaled El Marsa, le saint face à la mer, ressuscité

Plusieurs milliers de pèlerins ont afflué jeudi et vendredi derniers, vers la zaouia de Sidi Khaled El Marsa, qui est situé à près de 7 km à l’est de Tigzirt, où a eu lieu une grandiose fête dite « Teviétha » ou « Assensi » à la mémoire du « wali » de ce lieu de culte.

Dans l’après-midi et la nuit de jeudi, l’on a estimé le nombre de visiteurs à 5 000 environ. La grande ruée des pèlerins a eu lieu dans la journée de vendredi où leur nombre a été estimé entre 20 000 à 30 000.

Depuis Indépendance, ce lieu saint n’a jamais connu une aussi grandiose cérémonie. Les préparatifs ont été entrepris par l’association religieuse de cette zaouia, en coordination avec les comités de villages d’Iflissen et de Tigzirt.

En plus des milliers de pèlerins, il y a eu la présence du chef de daïra de Tigzirt, des responsables de la sûreté urbaine, de la Gendarmerie nationale et de plusieurs autres responsables. Tout au long de la journée de jeudi, des vagues successives de confréries des autres zaouias de Tizi Ouzou, arrivèrent à Sidi Khaled, dans une atmosphère émouvante de chants religieux. Parmi ces confréries, l’on cite entre autres des délégations des zaouias de Larbaâ Nath Irathen, Aïn El Hammam, Sidi Mansour, Tala Tgana, Tizi Rached, etc.

Sidi Khaled El Marsa est un saint musulman, communément appelé « le Wali ». Selon certaines sources, il pourrait être l’un des lieutenants de Okba Ben Nafaâ. Mais selon d’autres, le saint a été évoqué par Ibn Khaldoun et a vécu au 14e siècle, à l’époque de la civilisation des Hafsid. De nos jours, plusieurs légendes invraisemblables ont été attribuées à ce saint, comme c’est le cas ailleurs à travers les autres lieux de culte de la Kabylie. Pour certains visiteurs, c’est une occasion d’exprimer leur croyance superstitieuse et mythique à travers des rites difficiles à comprendre. Pour d’autres, ce lieu est un point de communion et de retrouvailles. On donne l’offrande ou la « waâda » et on implore la baraka du saint qui a lutté dans le chemin de Dieu. La zaouia, en plus du lieu de culte est aussi un lieu de tourisme du fait qu’il se situe à quelques mètres de la plage de cette localité. L’enceinte de la zaouia s’est avérée exiguë pour contenir cette foule en pèlerinage à Sidi Khaled. Pour ce faire, l’on a été contraint de transformer un vaste parking de voiture en un lieu de rassemblement des visiteurs, et ce en plus de l’enceinte de la zaouia pleine comme un œuf. Les pèlerins de tous âges ont résisté pendant des heures, sous un soleil de plomb. A l’extérieur, il y avait une fête, à cette occasion, des chants, des youyous, des déclamations de poèmes prêche de la bonne parole. Cette belle anarchie est connue dans les fêtes populaires, organisée par les zaouias. Grâce au service d’ordre, aucun incident n’a été signalé. Un fait qui mérite tout de même d’être soulevé : c’est celui d’une vieille qui avait perdu son portefeuille. Quelques minutes après, il a été retrouvé par un pèlerin et lui a été remis par les organisateurs. Près d’une heure après, on signale qu’un bijou a été retrouvé et toute personne l’ayant égaré peut se rapprocher du bureau du comité. Quelques instants après, suite aux explications et à la description faites par la personne concernée, le bijou, oreillette en or lui fut remis. Ces deux faits que nous avons vécu témoignent de la bonne éducation et de la foi sincère des visiteurs. A l’occasion, en plus de plusieurs quintaux de couscous, l’on a sacrifié deux taureaux et 24 moutons, tous proviennent de dons des citoyens. A l’occasion, le chef de daïra de Tigzirt a déclaré aux organisateurs que « l’Etat s’implique de plus en plus et contribue au développement des lieux de cultes et de pèlerinage et nous encourageons l’organisation de ce genre de manifestations populaires, qui sont certainement des signes positifs du retour au calme et de l’épanouissement social ». A cet effet, il annonce que dans le cadre du PPDRI, plusieurs projets de réhabilitation des lieux de cultes et de pèlerinage seront lancés dans les prochains jours.

Pour Sidi Khaled, les travaux de revêtement du chemin d’accès ont été déjà entamés et seront bientôt finalisés. Ce n’est qu’aux environs de 18h que les lieux commencèrent à se vider.

La Baraka de Sidi Khaled El Marsa, ou le saint face à la Méditerranée, est toujours vivace. Pour preuve, il a réussi à rassembler pour un temps, des dizaines de milliers de pèlerins venus de différents horizons.

Mourad Hammami