L’habitude est une grande sourdine », disait Samuel Beckett et il n’est pas aisé de s’en défaire. Il en va ainsi de la manie de tout emballer. Surtout que le packaging issu de la chimie de synthèse est préjudiciable pour la santé du consommateur et potentiellement polluant pour l’environnement. L’indispensable éradication des emballages en plastique se morfond dans le sac et ressac de l’absence d’une réelle volonté des pouvoirs publics. Une sorte de modus vivendi fonctionne imparablement. Les responsables concernés lésinent sur les moyens à mettre en œuvre pour venir à bout du problème et les manufacturiers feignent d’ignorer que la problématique de fond réside non pas dans la couleur de l’emballage mais dans la nature du matériau à partir duquel il est fabriqué. Un matériau censé protéger la santé publique et respecter le milieu récepteur. Alors, on continue d’en fabriquer à tour de bras en jouant seulement sur la palette chromatique. Les échoppes vous refilent ce sachet, bas de gamme, avec une pléthore de couleurs chamarrées. Dans les marchés aussi, il est généreusement offert. Même certains pharmaciens n’hésitent nullement à utiliser ce packaging pour le conditionnement des médicaments. On a beau s’égosiller sur la dangerosité de ce matériau qui ne respecte pas les normes de biodégradabilité ni ne répond à l’exigence de l’éco-toxicologie. N’est-ce pas que la durée de vie d’un sac en plastique abandonné sur le sol est estimée à 200 ans ?
Combien de fabricants, pour des considérations économiques, se soucient de la qualité de leur produit et jugent utile de décliner sa traçabilité ? Des patrons de manufactures vont jusqu’à produire ces sachets noirs à l’aide de pigment noir, extrait du PVC, un produit nocif où ils recyclent des composants déjà utilisés. Pourtant, deux composants sont utilisés exclusivement dans la fabrication des sachets destinés aux denrées alimentaires, à savoir le polyethylène vierge et le dioxide de titane. C’est un véritable pied de nez à la loi n°01 19 du 12 décembre 2001 interdisant la réutilisation des emballages fabriqués à base de produits chimiques et l’utilisation des produits recyclables pour la fabrication des emballages destinés aux produits alimentaires.
A l’heure où, sous d’autres cieux, les perspectives des producteurs tablent sur le tout bioplastique et l’éco-conception, l’unique changement chez nous réside dans la pigmentation. Avec, en prime, un spectacle des plus insolites. Car sitôt utilisés, les sachets surfent allègrement dans les airs au gré des vents, tel un ballet de passereaux traversant notre ciel avant de finir piégés aux cimes des arbres et aux barbelets de nos clôtures ou joncher nos plages, nos forêts et nos prairies. Un régal pour les yeux !
Nacer Maouche
