Le spectre des « bombes kamikazes »

A peine avait-on commencé à « oublier » et panser les blessures des derniers attentats à l’explosif contre la Kabylie, voilà qu’un autre encore plus meurtrier a semé la terreur et la psychose dans la région de Bouira, où une caserne militaire a été la proie des sanguinaires notamment à Madinat El Hayat, à Lakhdaria, faisant plus de dix morts et une vingtaine de blessés parmi les appelés du Service national et autres. Ces attentats visent sans nul doute, dans un contexte de traques de leurs éléments par les forces de sécurité et l’armée à travers plusieurs localités de Kabylie, et à quelques mois seulement des échéances électorales locales, à maintenir la pression sur le terrain au moment où les islamistes représentés au Parlement mobilisent leurs troupes contre les républicains et démocrates et aussi… pour les urnes. Le pays que l’on dit sécurisé est toujours en danger, surtout en Kabylie, où le risque zéro n’existe plus. Ceci peut évidemment s’expliquer par l’absence et le renforcement des services de sécurité. Aussi, les groupes de l’ex-GSPC affiliés à El Quaida dite du Maghreb activent et trouvent la grande faille dans le relâchement des dispositifs de sécurité et de vigilance des populations. Les bombes même de fabrication artisanale ont été placées et explosées à des heures de grande affluence dans les places publiques et maintenant en réussissant à les faire détonner en plein dans les casernes militaires. Cette faille ne peut être seulement « technique ». Elle est surtout politique. La baisse de vigilance est conséquente au discours qui n’en finit pas de minimiser le terrorisme dans ses capacités de redéploiement, par ricochet de destruction. Certes, on peut arguer que le nombre d’attentats commis et le nombre de victimes n’égalent pas, en comparaison, l’ampleur de ceux qu’a connu le pays dans les années 92-98 où les explosions de voitures piégées et autres attentats à l’explosif au rythme de deux à trois par jour, faisaient des centaines de victimes. Mais il ne reste pas moins que ces actes sont symptomatiques d’une situation où les groupes sanguinaires n’ont pas encore renoncé à renouer avec leur politique de la terre brûlée. Et, même si tout porte à croire qu’ils n’ont plus les moyens de leur politique, des discours qui fusent de ci et de là des partis islamo-conservateurs ne tiennent plus la route aux yeux des Algériens, particulièrement en Kabylie, et ont perdu il y a bien longtemps leurs applaudissements même hypocrites. N’empêche que lui, le terrorisme s’acharne à maintenir la pression et à tenter de marquer certaines dates « symboles » qu’il revendique ou applaudit.

S. K. S.