Malaises

Comme s’il s’agissait d’un petit contentieux de pure forme, c’est au sein de la commission juridique que le compromis politique a été trouvé. Et qu’est-ce qui aurait donc pu empêcher la majorité de faire passer les amendements de  » son  » gouvernement pour concéder qu’on coupe la poire en deux sur une question qui éloigne tant les  » grands  » des  » petits  » partis ? Comme d’habitude, on rattrape comme on peut l’absence de débat. En dehors de l’hémicycle d’abord ou un projet d’une telle importance aurait pu connaître une meilleure concertation politique et professionnelle. Au sein de l’Assemblée nationale ensuite où un accord politique aurait pu être possible si tant est que la majorité et l’Exécutif sont animés de la volonté de dialoguer pour faire partager les idées qu’ils proposent. Mais on ne peut pas suggérer les meilleures solutions quand on agit à partir d’une lecture erronée des faits. Parce que le premier paradoxe de cette révision de la loi électorale est qu’elle soit inspirée par un scrutin où tout le monde en a eu pour son grade, chose dont le gouvernement et la majorité ne semblent pas tenir compte, le  » changement  » ne peut que conforter  » la tendance « , même s’il faut bien céder quelque chose qui puisse démentir les desseins liberticides dont il est d’emblée accablé. Le taux de participation aux dernières législatives a été en effet tellement insignifiant que personne ne peut tirer la couverture à soi, surtout pas les partis de l’Alliance présidentielle triplement sanctionnés. Electoralement d’abord,le nombre de voix qu’ils ont récolté est tellement faible qu’ils sont maintenant obligés de se poser les vrais questions sur leur poids réel dans la société. Politiquement ensuite, ils sont tellement mal élus qu’il leur sera difficile de peser sur le cours des choses, à commencer par une dissolution de l’assemblée ou un changement de gouvernement. En plus du fait que de telles décisions relèvent de ses prérogatives constitutionnelles, le président a le confort de situation qui n’échappe à personne. Moralement enfin, parce que d’une manière ou d’une autre, c’est leur bilan qui vient d’être sanctionné par une désertion des urnes qu’aucun artifice n’a pu cacher. Ils peuvent bien sûr toujours bomber le torse comme le ferait n’importe quelle majorité encore aux affaires. Mais, qu’est- ce qui justifierait donc une révision de la loi électorale dont l’objectif est de venir à bout de petits partis pourtant bien utiles au fonctionnement de la machine du système ? En revoyant à la baisse  » le seuil de tolérance  » de ces partis, le ministre de l’Intérieur n’a fait qu’aller au bout de sa logique parce qu’il sait que ce n’est pas la disparition du FNIC et du FNOC qui changera quelque chose au paysage politique du pays et à la qualité de la représentation nationale. Le porte-parole du RCD ne croyait peut-être pas si bien dire en déclarant que c’est le taux de participation qui crédibilise un scrutin. Qu’est-ce qui a fait donc que le taux

de participation soit si faible ? M. Belabes doit quand même savoir que le pouvoir n’en est pas seul responsable. Tout comme Abdelkader Merbah qui réclame la démission de Zerhouni. Alors,trois ou quatre pour cent, fixer un poids minimum indispensable à l’existence d’un parti est certainement antidémocratique, comme l’a si bien dit M. Djoudi du PT. Au moins aussi antidémcratique que distribuer des quotas. Décidément, personne n’est à l’aise dans cette révision de la loi électorale.

Slimane Laouari