Groupe Syphax, le come-back

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Tel le phénix qui renaît de ses cendres, les anciens chanteurs et groupes de musique kabyle reprennent leurs guitares. La situation de léthargie que traverse la chanson kabyle interpelle ces artistes qui ont marqué par leur touche l’histoire de la musique kabyle et son évolution. A l’instar des autres artistes et groupes qui ont repris le travail artistique, le groupe de musique Syphax n’est pas en reste. En effet, les quatre piliers du groupe Syphax, qui sont : Chabane Abranis, Makhlouf, un musicien qui jouait les grands classiques français, Rachid Bahri et l’interprète à la voix d’or Samy, sont, enfin, de retour sur la scène artistique. Un groupe complet qui a réalisé son premier 33 tours en 1978. Des artistes de haute facture sont réunis pour nous parler de leurs productions.  » On a réalisé cet album en huit heures de temps « , assure Dda Chabane, que nous avons rencontré chez lui. Dda Chabane fait partie de cette génération de bardes et musiciens kabyles qui ont su marier tradition orale et chant du terroir avec une musique nouvelle et universellement appréciée. Cet auteur-compositeur qui a eu son bac à l’âge de 48 ans, avait fait ses débuts au sein du groupe Abranis, qu’il quitta suite à des divergences de vue et s’est, entièrement consacré depuis son jeune âge à la musique et à la poésie. Usant d’un verbe virevoltant et franc, il n’a pas caché sa déception et sa crainte quant à la torpeur qui frappe la chanson kabyle.  » Notre premier album était formidable, mais il est resté incognito « , lâche sèchement xali Chabane, pour les intimes.  » Nos textes sont remis au goût du jour « , a ajouté l’orateur. Avec des airs nouveaux où les Syphax traitent de tous les thèmes récurrents à la vie des Algériens en exil et notamment de la Kabylie. Allant de la revendication démocratique portée par la Kabylie aux évènements tragiques du Printemps noir avec la chanson Macci D Yiwet en passant par la condition de la femme et des jeunes. Leurs textes est à fond kabyle et dont le cachet est essentiellement moderne, tel est le travail artistique réalisé par le légendaire groupe Syphax en 1978 et qui nous revient ce mois de juillet. Dda Chabane poète imprégné jusqu’au fond de l’âme de cette poésie des profondeurs du terroir kabyle, de la tradition transmise oralement de génération en génération, il a été marqué à jamais par ces chants et mélodies de nos ancêtres que le groupe Syphax n’a pas omis de traduire en une musique moderne adéquate et minutieusement travaillée en cette année de 1978.

Dans leur premier album, ils chantent la liberté, la sagesse et la noblesse de ces rudes et fiers Kabyles. Ils chantent l’amour tabou que l’on n’ose pas exprimer ouvertement, notamment vers la fin des années 70, tant notre société qui demeure encore repliée sur elle-même à l’image d’une coquille d’huître, avec la chanson Ddi Ssin Yidsen (tous les deux). Ils chantent le droit à l’expression pour tout individu et particulièrement celui des Berbères que l’on continue d’ignorer afin de la renvoyer au fourneau par les tenants d’une idéologie négationniste.

La poésie du groupe Syphax égrène des thèmes éternels comme l’exil, l’amour, les retrouvailles festives mais aussi l’engagement en faveur des droits culturels et politiques, des droits de la jeunesse réduite au néant par une idéologie érigée par des systèmes dignes du Moyen-Age. C’est également le cri de détresse, de la révolte contre l’injustice subie au quotidien par toute la Kabylie.

Les chansons de cet album sont en elles-mêmes un refus culturel, une affirmation de son identité face à cet environnement oppressant, envahissant, qui essaye d’imposer la sienne en comptant sur le facteur temps qui joue en sa faveur. Chanson ou poème, peu importe, l’un comme l’autre libère aussi, une autre dimension qui dépasse le simple cadre d’un couplet en rimes, c’est une mise en garde contre la destruction socioculturelle de la société kabyle en particulier et amazighe en général, c’est son arme de combat pacifique pour l’éveil des consciences anesthésiées.

Chanteurs et militants dans leur expression, dans leurs âmes, bien que sur scène ils sont avant tout artistes dont la musique ne laisse personne indifférent et ne cesse point de faire rimer au-delà des frontières. Tel ce long fleuve tranquille qui coule le long des berges, la chanson Anafet-assen Laissez-les touchera plus d’un auditeur le plus insensible tant la musique est belle et agréable à l’écoute.

Dans cette gamme de chants, citons Kahina ou le message de l’histoire, un poème émouvant et noble qui pleure la liberté perdue, ce temps révolu où la terre natale était libre et fière et où la valeur n’était consacrée qu’au courage, dignité et honnêteté. Toutes ses valeurs ancestrales de la nation amazighe.

Ghurek In Aanna ( notre esprit) est une autre chanson de larmes qui ne sèchent pas. Avec des paroles justes mais profondes, l’artiste se laisse aller avec son outil prodigue, son unique instrument lui inspirant tout l’art utile pour exprimer ses sentiments sur des sujets importants et parfois brûlants. En effet, comment tant de larmes pourraient-elles sécher devant tant de malheurs et de misères qui nous frappent et nous accablent sans cesse. Comment dire  » Tamaghra  » (la fête) quand le poète nous rappelle que chaque jour qui passe emporte un peu de ce qui reste encore de notre joie et rire ?

Existe-t-il seulement un espoir pour des lendemains meilleurs ?

Assurément oui ! Tant que Linda la Berbère, perchée sur le haut de nos collines, résistera à tous les assauts en tout genre pour garder son authenticité et préserver l’identité et sa beauté. C’est seulement ainsi que tamazight par la musique et par le verbe triomphera.

Les auditeurs kabyles qui apprécieront, indubitablement, le groupe Syphax, cet ensemble homogène, découvriront avec joie ce nouvel album au courant de ce mois.

Mohamed Mouloudj

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