Une culture en danger

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Akfadou est une structure composée de quatre éléments entretenant une relation d’interdépendance et d’interpénétration. Celle-ci peut être assimilée à une équation constituée entre autre de l’olivier, la porte qui renvoie au village, la femme et la quote-part de tout un chacun dans la structure.

Excepté la rime, bien utile pour agrémenter la structure, il reste indispensable d’expliciter chaque terme et les symboles auxquels ils renvoient jadis et aujourd’hui. L’olivier (tazemourth) est symbole de toute l’écologie de la Kabylie, le noyau de l’économie traditionnelle de subsistance, où l’arboriculteurs domine aux cotés de l’élevage. À telle enseigne qu’à ce jour même, la propriété des sols est indépendante de celle des arbres. Cet arbre est également le symbole d’une économie où la monnaie jouait un rôle infinie,chacun produisant en circuit quasi fermé l’essentiel de ses besoin et en recourant volontiers au troc. L’alimentation est d’ailleurs centré sur la production, huile, figues séchées, orge…

Aujourd’hui l’olivier est abandonné, dans de larges proportions, par les citoyens d’Akfadou, la triste sort réservé à ce dernier est une résultante directe des changements profonds opérés sur les modes de subsistance et de rente. Il est à noter, ce pendant. que l’olivier est relégué au second plan par les citoyens, lesquels dépendent largement des capitaux étrangers rapatriés par la communauté émigrée, installée principalement en France. Aux côtés de l’olivier meurtri, il ya lieu de mentionner que l’Akfadou recèle de par sa densité forestière des chênes-zen et des chênes-lièges, les dernier sont, certes, exploités, mais de manière irrationnelle.

La forêt subit actuellement une hémorragie du foût d’un abattage systématique de chênes-zen et une exploitation sauvage du liège par une certaine frange juvenile frappée de plein fouet par le chômage. Malgré les efforts consentis par les autorités locales, les services des fôrets et le charisme des notables de la région, il reste que l’Akfadou ne cesse de crier sa douleur. Autrement exploité, le chêne-liège pourrait servir de matière première pour une industrie manufacturiére au profit de la région. Toujours sur ce chapitre l’Akfadou dispose d’atouts touristiques non négligables sites paradisiaques, paysages féeriques et des stations thermales, le tout doit être valorisé et optimi sé afin de promouvoir un tourisme de loisirs.

La porte (Tawourth) renvoie à la maison et, au sens large aux villages. Ces derniers ont développé une architecture et un urbanisme en fonction des caractéristiques socioculturelles originelles des montagnes, d’ailleurs on retrouve dans le pourtour médétérranéen des similitudes quant aux procédés utilisés. Mais l’olivier trône toujours dans toute sa splendeur.

Les villages d’Akfadou sont une réponse collective, obéissant à des règles strictes combinées aux données bio-climatiques, aux matériaux disponibles, au savoir-faire technique ainsi qu’ l’organisation de la société

Architecture fonctionnelle et moderne dans son contexte, la maison d’Akfadou présente par exemple la même inclinaison des toits, généralement des tuiles romaines, parfaitement étudiée selon la pluvoimétrie et l’ensoleillement. L’urbanisme des villages d’antan est organisé autour de points centraux.D’abord, le complexe mosquée-djmaâ, fontaine, ruelle principale et ruelles secondaires, les villages sont généralement subdivisés en clans familiaux dont chacun possède ses propres moyens de production et notamment sa meule et son aire de battage des céréales.

Le symbole du village, naguére, recouvre dont une architecture, un urbanisme et une organisation sociale et politique.

Qu’en-est-il de nos jours?

Akfadou est dans l’air du temps, s’agissant de l’architecture. un urbanisme qui a opéré sa mue dans le sens d’un copinage importé et imposé, dont les matériaux utilisés sont étranges et étrangers aux valeurs intrinsèques du village kabyle.

L’organisation d’antan n’est que verbe dans la bouche du citoyen. Il reste que les modèles de village en ruine témoignent de l’existence d’une certaine culture et d’une civilisation balayées par des impératifs ou des fatalités dictés par le vent des temps modernes.

La femme ( Tamatouth) joue un rôle de contre-pouvoir, du moment qu’elle fut une chambre d’enregistrement des actes de la djemaâ, rapportés par les maris, les frères ou pères interposés en usant de ses ressources de séduction, le pouvoir de la rumeur et la force de gestion des alliances. De plus, elle pratique de façon directe à l’économie, hormis la prise en charge des travaux domestiques et de l’éducation des enfants, mais aussi par son implication dans la production agricole. Si l’on ajoute à cela les tâches artisanales consistant a à tisser, à réaliser des poteries… Entremetteuse, la femme est enfin transmetteuse du patrimoine culturel, langage, poésie, contes..

À quelques exceptions près, la femme d’aujourd’hui s’est assigné de nouvelles tâches et missions qui relèvent de sphères nouvelles de besoins, d’ailleurs elle est étudiante, fonctionnaire, médecin, ingénieur… En résumé elle explore peu à peu un monde naguère dominé par l’homme. Enfin, écologie-économie plus une architecture-urbanisme-organisation sociale plus un système d’alliance et de parenté, le tout divisé par la quote-part( ammur) affecté à chacun selon un équilibre bien consenti, faisaient le bonheur et la fierté d’Akfadou.

Soit : Akfadou Tamourth= Tazemourth+Tamourth+Tamatouth/Ammour

D.S.

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