La surenchère marocaine

La lune de miel entre Alger et Rabat n’aura pas duré longtemps. Il a fallu une lettre du président Bouteflika pour que les autorités marocaines, dont les propos sont vite relayés par la presse du royaume fasse de nouveau de notre pays un ennemi juré. Plus que cela, Mohamed VI a trouvé un bon prétexte pour ne pas se déplacer à Tripoli où se déroulera à partir de demain le sommet de l’Union du Maghreb. La cause de cette défection de dernière minute est expliquée par le ministère marocain des Affaires étrangères par « l’impossibilité de s’asseoir à la même table avec un chef d’Etat qui touche à l’unité nationale du Maroc ». Le communiqué du ministère marocain reconnaît, tout de même que le dernier sommet tenu à Alger le 24 mars dernier a été une occasion pour le  » dégel  » des relations bilatérales. Mieux, ce communiqué indique, et c’est pour la première fois, que les deux chefs d’Etat se sont entendus sur la nécessité de laisser la question sahraouie entre les mains des organisations internationales. Il est vrai que la déclaration marocaine ne parle pas de  » question sahraouie  » mais plutôt de  » la question nationale « . Et pour mieux défendre les positions de  » sa majesté « , le communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères a cru bon de faire le lien entre le dernier périple du Président Bouteflika dans l’Amérique latine et le message de soutien adressé au président sahraoui, que la presse présente comme  » un chef rebelle « . Pis, ces médias présentent le message de Bouteflika comme  » une manœuvre  » visant à  » saborder  » la tenue de ce sommet  » du renouveau maghrébin « . Mais au-delà des appréciations que font les marocains des déclarations de l’Algérie, il y a lieu de relever que même les communiqués du Conseil de sécurité des Nations unies ont été tronqués à tel point que le plan Baker, en plus d’être occulté, est défiguré pour en sortir  » un plan Baker III  » que personne ne connaît. Il est même dit que l’Algérie n’a pas compris la dernière résolution de l’instance onusienne qui parle pourtant, et en des termes clairs,  » de la force occupante « . C’est d’ailleurs Kofi Annan en personne qui a employé cette expression lors d’un dernier rapport qui a prolongé le mandat de la Minurso jusqu’au mois d’octobre prochain dans le but de tâter le terrain pour un éventuel référendum d’auto-détermination. L’autre contrevérité contenue dans la déclaration marocaine est celle liée à la volonté du peuple sahraoui que les proches du palais royale disent proche  » de la mère patrie  » oubliant de fait les milliers d’habitants de ces territoires qui ont pris les armes pour combattre justement l’armée royale qui a annexé leur terre depuis le départ des troupes espagnoles en 1975. Est-il besoin de rappeler que les Marocains eux-mêmes avaient accepté le principe du référendum sur l’auto-detérmination lors d’un accord signé à Houston, aux Etats-Unis, avec les représentants de la Rasd ? A cela, il faut ajouter que toutes les résolutions des Nations unies sont toutes allées dans le sens que le conflit du Sahara Occidental est avant tout un problème de décolonisation non encore achevé. Ce n’est donc pas étonnant si les réactions marocaines sont hostiles à notre pays qui a toujours défendu la légalité internationale tout en se disant non concerné par ce conflit même s’il se déroule à ses frontières.

Ali B.