Tadmaït : grandeur et décadence

Comme la quasi-totalité des communes de la wilaya, Tadmaït est une localité où il ne fait pas toujours bon de vivre. Elle nourrit certes, des ambitions parfois démesurées, mais elle reste fatalement tributaire d’une santé financière fragile et instable. Ses recettes budgétaires ne répondent malheureusement pas à ses aspirations socio-économiques. Sur les 5 milliards de centimes qui lui ont été alloués cette année, la municipalité n’a pu dégager, en dépit de ses efforts, que la modique somme de 220 millions comme prélèvement. Juste de quoi s’offrir quelques buses et quelques sacs de ciment… Le reste, tout le reste, est comptabilisé dans le chapitre des dépenses obligatoires : la masse salariale dévore, à elle seule, près de 70% du budget communal.

Mais aussi paradoxalement que cela puisse paraître, la commune de Tadmaït a pu prétendre, malgré tous ses maux, à un semblant d’éveil économique en ce sens qu’elle a arraché de nombreux plans de développement dans le cadre de la fameuse formule des PCD. A ce titre, Tadmaït a bénéficié d’une enveloppe globale de 6 milliards de centimes qu’elle a répartis à travers ses 18 villages sous forme de réhabilitation et amélioration des réseaux d’AEP, assainissement et voirie. Le chef-lieu de la commune n’a pas été concerné par ses opérations pour la bonne et simple raison qu’un programme d’amélioration urbaine est inscrit au profit de la commune. Cet ambitieux projet dont le coût s’élève à plus de 26 milliards de centimes a pour objectif de refaçonner l’aspect général de la ville et d’embellir ses cités et artères. Grâce aux efforts des élus locaux, ce programme sera lancé incessamment en collaboration avec la DUC. L’entame des travaux est prévue pour fin août. Mais puisque les rêves de Tadmaït ont toujours été aussi insensés que ses tourments, la commune n’a pu s’empêcher de s’offrir d’autres ambitions s’enfonçant encore davantage dans ce terrible contraste qui a toujours rythmé son quotidien.

Grâce aux 6 milliards du PCD, l’APC projette de réaliser une bibliothèque communale dont l’enveloppe estimée à 2 milliards de centimes a déjà été allouée ainsi qu’une crèche communale, présentement en cours de réalisation et dont le coût est estimé à 1,1 milliard de centimes. Mais les plus grandes ambitions de la municipalité (et peut-être sa plus grande fierté pour les années à venir) résident en ces immenses projets de réalisation d’un marché de gros de fruits et légumes près de « Kaf Laâgab », d’une gare routière à l’entrée ouest de la ville ainsi qu’un centre de sport et de proximité. Ces projets inscrits et retenus, et dont les enveloppes seront incessamment allouées, seront d’un apport plus que considérable dans l’amélioration de la santé financière de la commune. Le marché de gros à lui seul, qui sera d’envergure régionale, permettra inexorablement de dépasser l’actuelle asphyxie financière de la municipalité. Mais ce projet bute actuellement sur une bien étrange opposition d’une frange de citoyens qui n’ont pas hésité à signer une curieuse pétition revendiquant l’annulation pure et simple du projet. Et dire que ce dernier engendrerait dès son lancement quelque 1 200 emplois !. A ne rien comprendre…

Tadmaït préfère résumer ses maux en quelques mots

On ne le dira jamais assez, l’une des particularités de Tadmaït réside en ces déconcertants paradoxes qu’elle entretient inconsciemment d’une manière quasi permanente. Ses potentialités mais ses tourments ne le sont guère moins, certains sont même insoutenables. Après le budget, la municipalité affiche un grave déficit en matière de logements. Les besoins sont estimés à près de 1 700 unités, alors que la commune ne dispose que de…64 logements sociaux. Des logements qui n’ont d’ailleurs jamais été distribués parce qu’ils ont été squatté en 2001. Certes l’APC s’est débrouillée comme elle le pouvait pour atténuer un tant soit peu la crise, mais ses efforts demeurent insuffisants, et ce, pour des raisons généralement étrangères à sa volonté. Une cinquantaine de logements sociaux sont en cours de réalisation, et une soixantaine, réalisés dans le cadre du programme LSP, sont achevés à 80%.

Le projet des 104 logements APC-CNEP a atteint un stade très avancé, puisque 40 appartements sont finis et réceptionnés et 32 avancés à 95%. Et comme pour aggraver le criant déficit en matière de logement que Tadmaït connaît depuis des décennies, la CNEP a subitement décidé d’arrêter le financement du projet depuis février 2007. Là encore, c’était aux élus locaux, et notamment au P/APC, de mener un nouveau parcours du combattant pour arracher la reprise des travaux. Après plusieurs recours, la CNEP a au bout de six mois d’entêtement débloqué le reste de l’enveloppe. Toutefois, cela ne s’est pas effectué sans contrepartie. La banque a exigé que les mises en vente s’effectuent à hauteur de 30 000DA/m2 au lieu de 22 000 DA. Mais cette hausse a mis quelques bénéficiaires dans une autre situation de blocage. En effet, les logements F3 de cette cité sont d’une superficie globale de 74 m2. Acheté à l’ancien prix, cet appartement coûterait 173 millions de centimes, ce qui laisse au bénéficiaire l’opportunité de prétendre à l’aide de la CNL, qui s’élève à 50 millions de centimes. Avec la nouvelle formule, le même logement revient à 256 millions, ce qui prive son propriétaire des fameuses aides CNL.

Toujours est-il que la municipalité a décidé de prendre le taureau par les cornes et de chercher d’autres issues au problème du logement. Le programme d’aide à l’habitat rural tombait à point nommé. ll sera consommé à plein régime. Et comment pouvait-il en être autrement lorsqu’on sait que la première caractéristique de Tadmaït c’est l’étendue de ses habitants en dehors du chef-lieu. La population rurale représente plus de 70% des 20 000 âmes de la commune. Donc, les citoyens se sont arraché les fameuses aides. Les 360 enveloppes promises par l’Etat ont été toutes consommées, 220 citoyens s’apprêtent donc à occuper leurs nouvelles demeures incessamment. Mais ce n’est pas tout ! La demande est tellement forte que l’APC est contrainte de proposer aux services de la wilaya le « transfert » des aides de certaines communes n’ayant pas épuisé leurs quotas.

L’industrie et l’agriculture ne se relèvent toujours pas

Le plateau de Tadmaït, jadis réputé pour la fertilité de ses terres, n’est aujourd’hui qu’une immense surface vouée à l’abandon et à la déperdition. Ce plateau qui constituait l’unique zone agricole de la wilaya est entrée dans un impitoyable cycle de défaillances depuis la dissolution des domaines autogérés. Près d’une vingtaine d’EAC ont vu le jour depuis. C’était le début de la décadence. A peine trois d’entre-elles sont encore fonctionnelles aujourd’hui. On ne produit plus que pour subvenir aux besoins les plus élémentaires des fallahs. La production globale de fruits et légumes a chuté de 70% à Tadmaït.

Malheureusement, ce même constat est également applicable au secteur de l’industrie, lui aussi souffrant et improductif. A vrai dire, Tadmaït n’a jamais eu d’industrie. L’ambitieux projet de la zone industrielle n’a pas fonctionné. Sur les 114 lots créés à cet effet, la commune ambitionnait, virtuellement, d’attirer 114 investisseurs. En juin 2007, seul 8 petites unités sont encore implantées sur place. Les raisons de l’échec sont innombrables mais la détérioration des conditions sécuritaires et la non-viabilisation de la zone en sont les plus importants.

Qu’à cela ne tienne, la municipalité a entrepris de déterrer le projet dernièrement. Se trouvant dans l’incapacité totale de gérer la zone d’activité, elle a décidé de la transférer aux compétences de l’Office de promotion de l’investissement (OPI). « Peut-être que celle-ci serait plus à même de relancer la vie industrielle dans notre commune », nous disait avec amertume Hocine Hamaïdi, le P/APC de Tadmaït. Ce jeune maire, qui, il faut le dire, était derrière toutes les mutations qu’a connues la commune depuis 2002, ne désespère néanmoins pas de voir sa localité remonter la pente. « On a instauré de nouvelles normes de gestion, on a été plus communicatifs avec la population et on a arraché tous les projets qu’on pouvait arracher ! Le reste, tout le reste, se joue au niveau du budget communal. Tant que celui-ci demeure dérisoire, on ne peut prétendre à un réel développement. C’est pourquoi nous avons pensé à ces nouvelles sources de financement. Dans quelques années, après la réalisation de tous les projets qu’on a inscrits au profit de la commune, Tadmaït ira mieux, j’en suis convaincu… ».

C’était les derniers mots du P/APC. Entre-temps, la commune continue de gérer les hauts et les bas et surtout à entretenir ses incroyables paradoxes.

A. B.