Internet : la bénédiction

Les terroristes utilisent Internet comme moyen, non seulement de communication et de propagande, mais aussi de recrutement, et même de formation de terroristes et d’instruction pour des actes criminels, ainsi que pour transmettre des informations mais à des fins de financement du terrorisme.

L’Algérie s’est-elle fixée comme mission prioritaire de s’attaquer au problème de l’utilisation Internet comme base de radicalisation et de recrutement à des fins terroristes ? Un des piliers essentiels de la lutte contre le terrorisme est d’abord constitué par les mesures visant à empêcher les processus de radicalisation et le recrutement de terroristes potentiels.

En conséquence, la stratégie et le plan d’action visant à lutter contre la radicalisation et le recrutement de terroristes prévoient des mesures visant à lutter contre l’utilisation d’Internet à des fins terroristes dans ce domaine, en matière de surveillance et d’évaluation des sources d’Internet accessibles au public.

L’espace Internet en Algérie est dégagé

Il faut dire que le réseau Internet dans notre pays est largement dégagé du contrôle de l’Etat et jouit d’une liberté incontestable a contrario de nos voisins tunisiens et marocains qui par leurs politiques exercent une mainmise presque totale sur ce moyen moderne de communication. Et même si au demeurant, il existe un certain contrôle sur des sites sensibles, liés principalement à la sécurité de l’Etat ou à la politique, il n’y eut néanmoins jamais de statistiques officieuses soient-elle, sur des cas d’intervention de l’Etat.

Ceci dit, nonobstant l’absence d’une surveillance officielle de ces sites, la responsabilité du point de vue de la loi, incombe aux fournisseurs du service Internet, conformément à l’article 14 du décret de 1998 portant sur les télécommunications qui stipule clairement la responsabilité des opérateurs-fournisseurs du service Internet sur les échanges et les réceptions des sites et de leurs contenus. Des sites qui seraient contraires aux vertus et aux principes de la société.

Le nombre de cybercafés en Algérie a, selon des statistiques de 2005, progressé de 500% en cinq ans, passant de 100 cybercafés vers l’année 2000, à plus de 5 000 en 2005. Si des rapports mentionnent un certain contrôle de ceux-ci dans ses débuts, aujourd’hui, ces espaces sont quasiment détachés de toute surveillance. En l’absence de lois régissant l’utilisation de l’internet et la progression spectaculaire de ce moyen moderne de communication, l’Etat est confronté à un véritable travail de restructuration et de contrôle de ce service, sans pour autant porter atteinte aux libertés individuelles des algériens en matière de communication, d’échange d’informations et d’évolutions des opinions en particulier politiques.

Si l’Etat s’est effectivement engagé dans la prospection et la surveillance des cybercafés, à la lumière des derniers développements survenus sur la scène médiatique, relatifs à l’exploitation d’Internet par l’organisation de Droukdel et des différentes factions terroristes comme moyen de communication et de propagande, particulièrement après les attentats du 11 avril, les terroristes continuent d’utiliser l’internet comme moyen de communication au détriment du téléphone, dans la fin d’échapper à la localisation de leurs mouvements.

Ces opérations de contrôle ont mené au démantèlement d’un réseau de soutien logistique et de recrutement et à l’arrestation du gérant d’un cybercafé dans la wilaya d’El-Oued, le 8 avril dernier.

Autre remarque qui fait défaut dans la lutte contre ce phénomène est le manque cruel de formation des services de sécurité et l’inexistence d’équipes spécialisée et d’experts dans la lutte contre la cybercriminalité. Ce qui rend malheureusement, la situation plus alambiquée pour ces derniers et plus commode aux réseaux terroristes. Ajouter à ces manques, l’absence d’équipes d’inspection et l’impuissance des services de sécurité à détecter les sources de provenance des images et vidéos incitatives et mobilisatrices, échangées sur Internet entre les factions terroristes, avec une technicité de haut niveau dans l’échange d’informations et des communiqués diffusés par ces organisations terroristes.

La lutte contre la cybercriminalité en matière de surveillance et d’évaluation des sites Internet terroristes, l’analyse des activités djihadistes sur Internet et les aspects techniques de la surveillance d’Internet, n’atteindra ses objectifs sans sa conformité avec des textes juridiques susceptibles de dissuader les amateurs et serrer l’étau sur les internautes terroristes.

Si cette nouvelle technique de communication et d’activité est adoptée par les organisations terroristes, c’est avant tout, affirment certains analystes, un indicateur quant à une perte considérable de soutiens effectifs parmi les populations aux hordes terroristes.

Yassine Mohellebi