Récolte des figues compromise

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Cette année, la chute prématurée des fruits est encore plus importante qu’auparavant. Le sol des figueraies est jonché de très nombreuses ébauches de fruits ridés, jaunis et secs, tombés avant d’arriver à maturité. Da Mohand, un sexagénaire, dépité, constate : “J’ai rarement vu une chute aussi importante ! A peine si un tiers de la production est encore sur les branches !” Ce phénomène végétatif, qui tend à devenir pérenne et à s’intensifier d’année en année, atteint toutes les variétés. Quelle en est donc la cause ? Beaucoup de paysans interrogés imputent cela au manque d’entretien et à la disparition de la pratique de la caprification (suspension de dokkars).

Il faut savoir que la figue est un réceptacle de fleurs mâles et femelles. Les fleurs mâles sont localisées au sommet, proches du méat. Mais comme leur maturité vient plusieurs semaines après celle des stigmates des fleurs femelles, il ne peut donc y avoir autofécondation. Chaque figue devra donc recevoir le pollen venu d’ailleurs, grâce à un insecte appelé blastophage. Cet insecte vit et se développe dans les branches du figuier mâle, ou caprifiguier (le dokkar). Au moins de juin, les figues non comestibles du “dokkar” sont mûres et regorgent de pollen. Les insectes adultes sortent alors et vont pondre à l’intérieur des figues rencontrées à tout hasard dans leur quête de reproduction. Mais nos figuiers communs, à fruits comestibles, laissent l’insecte entrer pour s’imbiber du pollen dont il est enduit sans le laisser pondre son œuf, parce que la figue serait alors inconsommable. Pour cela, les styles des fleurs femelles du figuier commun, par adaptation naturelle, sont trop longs pour l’ovipositeur de l’insecte.

Le figuier bénéficie donc du travail du blastophage sans le laisser parasiter sa production ! Actuellement le rôle de cet insecte pollinisateur est empêché par l’absence du “dokkar”. C’est en effet le figuier mâle qui est la pouponnière de cet insecte.

Or, il n’y en a plus dans nos champs. Auparavant, chaque figueraie disposait d’un certain nombre de figuiers mâles pour assurer l’exigence de la fécondation. Peu à peu, ceux-ci disparaissent, à tel point que même dans les régions réputées productrices de figues tel Tizi Rached, les caprifiguiers morts ne sont plus remplacés. Certains arboriculteurs, par ignorance, arrachent ou greffent les caprifiguiers. Rares sont les variétés se passant de la clapification, tel Bouankik, et qui produisent donc des figues comestibles sans pollinisation. Les variétés kabyles, comme “Azindjar”, “Thaghanimth”, “Azaich”, “Thabelout”, “Alekake”, “Avouzegagh”, “Thameriwth”, “Avouyahvoul”… sont toutes tributaires de la fécondation et se ressentent manifestement de la disparition des caprifiguiers. Les rares figues que nous voyons mûrir ont en fait été visitées par les “blastophages” venus des “dokkars” végétant dans les talwegs et endroits inaccessibles, à l’abri des arracheurs et greffeurs zélés. La réhabilitation de nos figueraies passent donc, entre autres actions, par la replantation obligatoire de caprifiguiers.

Amarouche M.

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