L’Inquiétude des citoyens

La commune de Draâ El Mizan est l’une des régions où la situation de la résorption de l’habitat précaire se pose avec le plus d’acuité. Depuis près d’une dizaine d’années, des enquêtes sont menées, mais cela reste au stade embryonnaire, si bien que nombreuses sont les familles qui commencent à s’inquiéter. De la cité de l’Indépendance à Tazrout en passant par Maâmar jusqu’à Bouihaima, les appréhensions sont les mêmes. D’ailleurs, devant toutes ces lenteurs, un collectif d’habitants de la « Cité coloniale » de Boufhaima s’est inquiété du problème en s’adressant directement au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.

« Nous, habitants de la cité coloniale du village de Boufhaima commune de Draâ El Mizan, tenons à travers cet énième écrit à vous faire part de notre désarroi par rapport à l’attitude des autorités locales et des responsables de la wilaya de Tizi Ouzou vis-à-vis du règlement d’une situation pour laquelle nous n’avons pourtant pas cessé de tirer la sonnette d’alarme à travers différents écrits adressés par le comité de village aux autorités compétentes », telle est l’entame de cette correspondance dont nous détenons une copie. Il s’agit là de cent vingt familles vivant dans des conditions précaires et dangereuses en raison de la vétusté de leurs habitations. Dans ce document, les rédacteurs ont signalé que ces dernières sont dans un état de délabrement avancé accentué par le séisme de mai 2003.

Pour eux, la menace d’effondrement n’est pas à écarter (constat établi par les services de l’APC de leur commune). « A ce sujet, nous tenons à ouvrir une parenthèse pour dénoncer auprès de vous et par là même exprimer notre profonde indignation quant à l’octroi des aides financières relatives à cette catastrophe », lit-on un peu plus loin dans cet écrit. « Ainsi, au lieu d’en faire bénéficier les habitants les plus méritants, donc les plus touchés par cette triste tragédie, les responsables locaux n’ont pas trouvé mieux que de faire dans la politique de relationisme en octroyant ces aides à des personnes qui n’étaient aucunement dans le besoin », affirme ce collectif dont la pétition a été jointe au document. Danc ce dernier, un audit a été demandé par les contestataires en vue de situer les responsabilités afin de bannir à jamais ce genre de pratiques.

Continuant ce réquisitoire, les auteurs du document en question ajoutent : « Après l’avènement du programme présidentiel qui consiste en l’éradication du RHP, une lueur d’espoir est née chez la population. Une procédure a été donc entamée dans ce sens par les services techniques de l’APC en collaboration avec la comité de village en établissant une liste de 102 familles bénéficiaires. Mais, malheureusement, encore une fois après que toutes les démarches soient faites (choix de terrain, enquête administrative…) », le constat demeure toujours le même, les méthodes aussi et ce, malgré les appels incessants de la population qui ignore les raisons du blocage des autorités locales, qui favorisent l’anarchie en fermant les yeux et en étant complices avec certaines personnes « privilégiées » qui profitent de cette situation de confusion actuelle pour s’accaparer des lots de terrain vierges, afin d’y installer des commerces illégaux (vente de matériaux de construction, activités agricoles…) Pour en savoir plus sur cette situation que d’aucuns qualifient d’inextricable, nous nous sommes rapprochés des services concernés.

En premier lieu, Ahcène Mansouri en sa qualité de 2e vice-président d’APC et président de la commission sociale nous a dit que les termes utilisés dans l’écrit en question ne sont pas fondés et que le RHP reste un problème national. Toutefois, notre interlocuteur a mis à notre disposition toute la genèse de ce problème.

« A notre installation à l’Assemblée, nous avons trouvé un travail fréalisé par l’APC sortante où au total 451 familles étaient recensées : les cités de la ville (251 familles), Boufhaima (100), Maâmar (45) et autant à Tazrout », nous a-t-il communiqué. Et d’ajouter : « Ensuite d’autres services ont été affecté, un autre travail a été fait. Le nombre a atteint les cinq cents familles. L’agence foncière en tant que promoteur immobilier a réalisé l’aspect technique. Des participations allant jusqu’à 53 millions de centimes ont été arrêtées selon le terrain et le site. Les bénéficiaires n’ont pas répondu favorablement en raison de leurs maigres revenus. Nous avons ensuite rassemblé les citoyens concernés auxquels nous avons remis des questionnaires pour estimer l’apport que peut apporter chacun d’eux. Cela n’a pas été concluant puisque ce sont des gens qui vivent dans la précarité ».

Le président de la commission sociale qui est également membre de la commission d’enquête installée par le wali nous explique la seconde procédure « sur directive de l’APC, des services de sécurité et moi-même avons travaillé avec des levés topographiques et des fiches d’enquêtes. Au terme de tout ce travail, nous avons recensé au total 879 familles concernées car nous avons inclus d’autres sites qui relèvent du RHP. Toutes les enquêtes ont été déposées à la wilaya et nous attendons ce que vont décider les responsables du ministère surtout en ce qui concerne le montage financier ». Intervenant à ce sujet, Saïd Dahmani en sa qualité de premier adjoint au maire dira : « J’informe la population que le programme du RHP est mis sur rails grâce à l’exécutif communal. Il reste seulement la volonté de le mettre en application ». Telle est la situation des bidon- villes de Draâ El Mizan qui attendent leur éradication depuis longtemps.

Amar Ouramdane