Veille de Ramadhan

Il n’y a aucune ambiance particulière perceptible à la veille de Ramadhan cette année. A peine les esprits remis de l’ambiance estivale et des longues veillées au rythme des D-J, que Ramadhan arrive, presque à l’improviste. Les habitants sont encore éprouvés par les dépenses festives de l’été et les soucis des frais importants attendus de la prochaine rentrée scolaire. De surcroît, les prix des produits de base ayant augmenté substantiellement, le cœur n’est franchement pas à l’allégresse Kamel s’inquiéte à juste titre : « comment voulez-vous que j’affronte toutes les obligations liées à la scolarité de mes enfants et que je puisse concocter un menu spécial Ramadhan. Je n’ai même pas encore touché ma paye ! » La semoule s’affiche à des niveaux effarants, comme si cet aliment de base voulait définitivement échapper aux masses populaires. Si les fruits et légumes n’ont pas pour le moment connu de hausse « spécial Ramadhan », c’est finalement que la demande est déjà assez comprimée par le niveau élevé des prix. Mais pour le mois de jeûne, on se prépare aux longues veillées autour des dominos. Mais ce qui marque les longues nuits ramadhanesques, ce sont les interminables parties de loto qui sont devenues une véritable passion et une tradition bien ancrée. Des garages, des réduits de quartiers écartés font office de cafés pour la circonstance. Et les parties de loto se succèdent à un rythme endiablé, à tel point qu’un moment d’inattention fait rater la partie au joueur, une vraie passion se décline pour ce jeu où tout le monde est suspendu à la voix du crieur. On a juste le temps de poser son jeton que le crieur annonce déjà le chiffre suivant. Le Ramadhan kabyle a son cachet propre, son ambiance, ses difficultés aussi, mais jeûneurs et non jeûneurs vivent tous sous le rythme particulier des journées indolentes et des longues veillées.

M. Amarouche