Les démunis, le ramadhan et la rentrée scolaire

Ils sont 450 chefs de famille indigents stricts, c’est-à-dire sans aucune source permanente de revenus ; auxquels s’ajoute une cinquantaine que leurs faibles ressources obligent à braver l’atavisme de la pudeur montagnarde pour avoir recours aux aides en tous genres, alimentaires, vestimentaires ou médicale. Comment passent-ils le ramadhan ? « difficilement », répond le responsable du Croissant-Rouge local, Aziz Diaf. « Nous n’avons pas encore reçu les couffins du ramadhan qui nous sont habituellement destinés par le ministère de la Solidarité et certains donateurs. L’idéal aurait été que ces aides alimentaires soient distribuées juste avant le premier jour du jeûne ». Ces couffins alimentaires comportent de la semoule, de l’huile de table, du café et du sucre. Vu la spectaculaire augmentation des prix, ces dons auraient été vraiment bien appréciés. Da Achor est sans travail depuis des années. Il a un femme et deux enfants à nourrir. Faible physiquement, aucun chantier ne veut de lui et bien sûr, pas question de lorgner du côté de l’administration. Il déniche de temps en temps un petit boulot de quelques jours, à piocher, ériger une clôture, transporter des matériaux. « Mes enfants ont les mêmes besoins que ceux des autres. Mais je n’arrive malheureusement pas à assumer mes obligations », dit-il avec amertume. En ce mois sacré de ramadhan, mois de toutes les retenues et de toutes les envies, il contemple les fruits au marché, sachant qu’une barrière invisible mais réelle l’en sépare. Les commerçants experts à détecter le client potentiel du maraudeur à la bourse vide, lui lancent des regards à la limite du mépris. Sa table sera pauvre, toujours aussi pauvre. Cette année, le ramadhan est arrivé avec la rentrée scolaire. Et ce qui est l’objet de joie et d’enthousiasme pour certains peut être une vraie source d’angoisse pour ceux qui n’ont rien. Un enfant nécessite facilement 10 000 DA, en habillement et fournitures scolaires. « Beaucoup de gens n’ont pas cette somme chez eux en économies, alors comment feront-ils ? », ajoute notre interlocuteur. Beaucoup ont recours à la débrouille. Sur ce volet, c’est le travail des mères qui est le plus efficace. On demande gentiment à la voisine, à la parente, si elle n’aurait pas un vieux cartable qu’on pourrait raccommoder, une paire de souliers usagée, un pantalon rejeté par leur gosse qui tient à être à la mode. Et si une corbeille de figues peut adoucir la voisine, il faut savoir aussi donner pour recevoir. Quand on prend connaissance des revenus de certaines franges de la société, on est édifié sur leur niveau de détresse. Et les aides de toutes sortes, publiques ou provenant des donateurs, aussi généreuses et bien mentionnées soient-elles, sont incapables d’éradiquer cette immense détresse qui s’accroit avec le chômage et quand on dit que le jeûne donne le goût de la faim au riche, les démunis voudraient bien une autre consolation.

Amarouche