Mieux vaut allumer une bougie, si petite soit-elle que de maudire l’obscurité” est l’adage populaire chinois que s’est choisi l’auteur de la plaquette de poésie, publiée à compte d’auteur pour tenter de répondre à la lancinante question que se pose aussi bien l’écrivain que le lecteur potentiel ou avéré. Pourquoi écrire ? Pourquoi le besoin d’écrire ?Quoi qu’on en dise (un écrivain dont je n’ai plus le nom en tête disait que c’est un acte anormal), le poète doit être celui qui rappelle aux siens l’idée perpétuelle de la beauté dissimulée dans le quotidien de la vie imparfaite et parfois misérabeliste que l’on nous fait subir.Le poète doit désigner les maux qui rongent la société, tout en étant éclaireur de celle-ci. Tel le lampiste qui guide ses camarades dans les abysses d’une mine nourricière et traîtresse.Le lecteur (surtout l’auditeur) est gavé de poésie du non-dit, dite philosophique qui nous fait tourner en bourrique, qui pose des question beaucoup plus qu’elle ne répond. Le percepteur de la poésie aussi bien lue qu’écrite a besoin de ses repères historiques, de ce qu’il doit faire d’aujourd’hui qui lui fait peur et du demain qu’il appréhende.De quoi est faite la poésie de Mohamed Aouine ? Nous allons tenter de répondre, tenter seulement ! car, s’il n’est guère facile de percer l’âme de la muse, il n’est pas de poésie non plus sans une expérience personnelle de son auteur, qu’elle soit littéraire, professionnelle, sentimentale ou de la vie tout court.Nous découvrons dans “La Jachère” non sans plaisir d’ailleurs une floraison de textes qui décrivent l’amour du beau par son contraire.Nous retrouvons en filigrane de ces textes un auteur qui a beaucoup lu et certainement lu et relu “les fleurs du mal” de Charles Baudelaire.L’inspiration est à mon avis omni-présente si l’on exépte les 2 premiers poèmes. Ce n’est pas de l’imitation ni un quelconque plagiat ! Loin de là ! Un poète n’est il pas toujours inspiré par quelque chose ou… quelqu’un ?Il n’a y pas de poésie sans langage et nous pensions avoir trouvé dans “La Jachère” l’ambition d’enfermer tout le langage dans cette nécessaire brièveté du poème, pour le rendre pur comme de l’eau de roche et par conséquent de lui assurer toute sa limpidité et donc sa lecture.A un certain moment, Aouine a failli même fabriquer un sommet qui à lui seul disent les critiques vaut un long poème.Nous lisons ainsi dans “la poésie m’invite” qui est une sorte de prologue, et aussi une hymne à la nostalgie et aux bons souvenirs mêlés au style de poésie des champs.“L’enfance est un océan de souvenirs, je me rappelle/des femmes kabyles qui sont belles et subtiles/comme des perdrix à la fontaine aux champs/et au village et dans les villes”. Le pouvoir pour la poésie de ressusciter le passé a de tout temps était écrit par de célèbres écrivains. Nerval, Victor Hugo, Lamartine, Eluard… Baudelaire a écrit dans un de ses poèmes “J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans” l’auteur ne se contente pas de décrire la beauté de la femme, mais avertit.“Celui qui discrédite ou harcèle ces femmes ce n’est qu’un vil ou mâle débile”. “La pérégrination” est le deuxième poème consacré à la muse. Brève fut cette pérégrination. Un 4×4 (strophes) a suffi pour parcourir le monologue avec la muse au 3ème poème, le poète passe à la 3ème vitesse. “Le Noir orne” annonce déjà la couleur. Il commence dans l’incertitude et la remise en question de soi. “Il me semble quelque fois que mon ciel…” Et revoilà les cadavres. les cumulus, tumulus (qui se croisent rimant), le paradis avec ses ruches à remplir, le royaume de Dieu à maudire. Bref, c’est le fameux spleen Baudelairien que l’on retrouve dans tous les poèmes, “C’est d’accourir”, “Le gardien des nuits”, “La balafre”, “Le vol nocturne”, “Le pauvre diable” etc…Les termes clés de la poésie Baudelairienne se rencontrent avec la poésie d’Aouine Mohamed. La liste est longue à énumérer, mais nous citerons pèle-mêle (Chouettes, mort, funérailles, pleurs, horreurs, maladie, convalescence, tombe, sang, mort-né…)Dans “L’Agate” terme clé du poème “Les chats”, de Charles Baudelaire nous retrouvons le lexique fermentescible à vous donner la chair de poule :(Crapaud, embryon, courroux, potentat, disette, phallocratie) utilisé par l’auteur de “La Jachère” qui termine son poème en beauté“Clé ! Toi l’âgateEclateDissipe la brumeSur la beauté déportéeEt la vérité écartée”.Dans tous les poèmes lus, contrairement “Aux fleurs du mal” ici l’espoir est tout permis. La touche Aouine est là.Les chutes parlent d’elles-mêmes. S’adressant au soleil “Pousse ta lumière vive et nourricière” (Page 27).L’auteur veux tout simplement dire, qu’en ce monde éphémère, il est bon de se rapprocher des bienfaits de la nature, y a t-il quelque chose de plus doux qu’un rayon de soleil qui réchauffe le cœur, ou une goutte d’eau qui étanche la soif !Le poème “Le Repentir”, se termine aussi on ne peut plus clair “Courage debout”. Dans “Le Captif” (Page 31), trois vers terminent ce poème non pas sous une forme quelconque de moralité :“Il faut combattre la vie dureen ce monde, il faut souffrirPour le quitter par sourires”“La Jachère” est illustré par une fleur qui se fane ayant poussé sur une terre aride avec en arrière plan une femme en pleurs. Une autre raison de croire que Mohamed Aouine que nous félicitons pour son travail a bu et rebu le distillât du roman du siècle dernier “Les Fleurs du mal”.La seconde partie de la plaquette “Les Hosannas insonores” fera l’objet d’un compte rendu de lecture à part.
M. Ouaneche
