Du retrait des listes aux démissions collectives en passant par les déclarations publiques de contestation et les listes parallèles, l’on aura tout vu dans la maison du plus vieux parti de l’opposition. Une telle grogne ne peut être provoquée par un malaise passager, car, à bien décrypter les évènements, on peut aisément déceler une relation de cause à effet entre la première crise qui a secoué le parti, le congrès national et la confection des listes éléctorales. Qu’on en juge.
Les raisons d’un conflit
Si les meneurs de la première grogne ont décidé de “s’assagir”, c’est bien parce qu’ils plaçaient d’enormes espoirs dans la venue du zaïm et la tenue du congrès national. Une aubaine, se seraient-ils dit, de redresser la barre et de se faire justice face à l’état-major qui n’arrive plus à les comprendre. Mais leur déception fut immense lorsqu’ils ont constaté que non seulement le congrès n’a rien apporté à leur cause, mais qu’il a surtout creusé le fossé entre la base militante et la direction du parti. Certains ex-cadres du FFS n’en reviennent pas. Les anomalies décelées lors des travaux sont jugées tellement graves qu’elles ne peuvent être tues. A commencer par cette curieuse manière de choisir les militants pouvant prendre part au congrès. Selon un bon nombre de militants, des congressistes ont été triés sur le volet, puisque seuls les militants «sages et dociles» auraient été retenus. L’exemple le plus frappant à cet effet, demeure celui de la section d’Aït Yahia qui a présenté 120 militants encartés, et dont une petite vingtaine seulement a été retenue pour participer aux travaux. Plus curieux encore, la liste proposée par la section contenait le nom de Braham Aït Ali, le vice-président de l’APW de Tizi-Ouzou. La direction du parti n’a pas jugé utile de le retenir parmi les congressistes. Mais la purge ne s’est pas arrêtée là. Des sections entières n’ont tout simplement pas été représentées au congrès, à l’image de Ouacifs et Beni Douala, pourtant considérés comme des bastions du FFS
Mais ce que les militants trouvent inacceptable par dessus tout, c’est l’exclusion pure et simple de certains cadres du parti.
“La direction nationale se serait débrouillée pour ne pas les voir figurer dans le conseil national” nous a-t-on formellement attesté. Et ce n’est pas les exemples qui manquent là aussi Ahmed Djeddaï, deux fois secrétaire national et pilier incontesté du FFS n’a pas été retenu comme membre du conseil national, de même que Dalida Taleb, ex-député et ex-responsable de l’association RAJ, Lamdani Ali, porte-parole du Cnapest, Aït Cherif, plusieurs fois secrétaire national du FFS élu à l’APW d’Alger et président sortant de la commission de médiation.
Tizi-Ouzou malmenée
Les noms proposés par la wilaya de Tizi-Ouzou n’ont pas échappé à ce traitement “privilégié”. La saignée est tout aussi impressionnante. Des cadres du parti, enseignants universitaires et ex-membres du conseil national ont été également écartés. Il s’agit entre autres, de Diaf Moussa, ex-fédéral et enseignant à l’inversité, Aziz Amokrane, ancien membre du conseil national et enseignant à l’université, Bibi Mohand Ouamer, Aït Toudert Wahid, Sam Meziane, Mâamar Kamel, Hamadache Abdelkader (ex-sénateur)… et la liste est encore longue. Soulignons, au passage, que ces personnalités ont toujours été considérées par la base militante comme étant des références en matière de compétence et de “fidélité” politique.
De fait, il est tout à fait logique que la purge opérée au sommet de la hiérarchie se repercute directement sur l’opération de confections des listes électorales. Selon nos sources, la direction du FFS s’est chargée de choisir elle-même les candidats à l’APW tout en gardant un oeil vigilant sur les listes APC. Au final, toute liste communale comportant des noms “gênants” est immédiatement gelée. Les liste de candidats proches de la nouvelle direction sont validées… telles qu’elles sont !
De fait, le FFS de Tizi-Ouzou s’est retrouvé avec des listes contestées et déconsue. Parfois le conflit a même débouché sur l’annulation pure et simple des listes. La preuve en est que le FFS ne sera pas présent dans huit communes. L’exemple de Beni Yenni se passe de tout commentaire.
Nacer Tabbeche, trois fois élu à la tête de l’APC s’est vu refuser sa quatrième candidature par l’état-major du parti.
Tabbeche, qui fût l’un des plus jeunes maires d’Algérie, a été soutenu par les citoyens de sa localité qui lui ont formulé plus de 550 signatures, mais cela n’a pas suffi pour enrayer l’entêtement de la direction nationale. Ali Daoud, le P/APC de Beni Zmenzer, également élu par trois fois à la majorité absolue dans sa commune a été, lui aussi écarté. Une personnalité de la carrune de Aziz Amokrane, ancien membre de conseil national se retrouve à la 9e place de la liste APC à Tizi-Ouzou, etc. En plus clair, la colère des militants semble s’accorder une certaine légitimité. Le FFS va mal… très mal !
Ahmed Benabi
