Comme chaque année à l’approche de la fin du mois de ramadhan, l’Aïd el Fitr constitue la dernière étape d’un vrai parcours du combattant qui commence par les vacances d’été où les pères de famille doivent puiser au fin fond de leur tirelire pour assurer un minimum de décence à leur progéniture face à l’arrivée des enfants d’immigrés et autres Algérois.
Une fois les vacances terminées en accompagnant nos amis immigrés à l’aéroport pour leur souhaiter bon retour et en même temps accueillir deux invités arrivés sur des vols certes différents mais à intervalles très rapprochés, ces invités encombrants sont la rentrée scolaire et le ramadhan qui viennent en fait ajouter leur lot de souffrances et d’épuisement à la vie de nos pauvres pères de famille qui ne savent plus sur quel pied danser ni à quel saint se vouer. Mais malgré toute cette atmosphère morose et cet air pollué de misère, peut-on pour autant refuser la joie de l’Aïd à nos bambins ? C’est dans cet état de fait que les habitants de Sidi Aïch préparent l’Aïd, une virée au marché en passant par le boulevard du 1er-Novembre au centre-ville nous a donné un aperçu des préparatifs. Des tables (étals) présentant toutes sortes de jouets, pétards et autres produits prohibés jusqu’aux propriétaires des magasines et autres trabendistes qui étalent toutes sortes de vêtements pour la circonstance notamment pour les enfants.
Dans tout ce brouhaha indescriptible, nous avons rencontré Ami Saïd cadre moyen dans une entreprise privée qui nous dira « j’ai sept enfants, deux garçons et cinq filles tous scolarisées, je travaille dans une entreprise privée mon salaire dépasse un peu les vingt cinq mille dinars, à la maison je mène un vrai travail de comptable, mais je ne joint les deux bouts que rarement, je remercie certains commerçants qui nous dépannent, autrement je ne sais pas quoi faire ».
Un autre homme la quarantaine bien entamée ajoute « moi j’ai dépensé quarante mille dinars pour la rentrée scolaire de mes cinq enfants entre vêtements, livres et autres fournitures scolaires, ajouter à cela, plus de vingt mille dinars pour le mois de ramadhan jusqu’à présent, en attendant l’Aïd, mais là mes enfants peuvent se contenter des vêtements de la rentrée scolaire. Ajouter une fois de plus à tout cela la cherté des fruits, légumes et autres viandes nécessaires à cette fête ». Nous avons quitté le marché sur la pointe des pieds de peur d’être rattrapé et découpé par l’un de ces bouchers qui ne jurent que par la bonne qualité de leur marchandise, mais qui peuvent vraiment nous vendre en viande bon marché tout en jurant que c’est du bœuf bien de chez nous.
Toufouti Arezki
