Le docteur Abdelhamid Mohdeb, investisseur privé dans le secteur de la santé, dont la clinique est implantée en plein cœur du quartier populaire d’Iheddaden, à Béjaïa, fulmine contre l’avant-projet de loi modifiant et compétant la loi 85-05 du 16 février 1989 relative à la protection et à la promotion de la santé. Pour rappel, ledit projet de loi, examiné et endossé récemment par le conseil du gouvernement, prévoit de confier la présidence du conseil d’administration des établissements et cliniques privés à un représentant du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.
Dans une rétrospective retraçant le « parcours parsemé d’embûches » auquel ont fait face les opérateurs privés avant que leurs projets ne se concrétisent, le docteur Mohdeb et, pour illustrer son propos, dira qu »’il lui a fallu deux ans d’attente pour se voir délivrer un agrément et plus d’une année et demie avant d’être conventionné par la CNAS ».
Par conséquent, il s’interroge, « comment, aujourd’hui pourrait- on prétendre confisquer le droit de décision aux opérateurs privés ? ».
Le docteur Mohdeb va encore plus loin en déclarant qu’il est inacceptable d’abdiquer devant pareille injonction quoi qu’il en coûte.
Abordant la situation qui prévaut au sein des structures hospitalières publiques, le docteur Mohdeb, tout en insistant sur les réelles motivations de l’opérateur privé « d’aider et d’investir», a relevé que « celles-ci sont dans un état de délabrement » et par ricochet « en passe de répondre d’une manière efficiente à une demande de plus en plus accrue et exigeante ».
Pour le docteur Mohdeb, la démarche du ministère ne serait qu’une tentative de mise à mort des cliniques privées. Car, à ses yeux, « le processus est d’ores et déjà en branle ». Sinon, s’interroge-t-il, « comment expliquer la saignée constatée ces jours-ci au sein des cliniques privées ? ». « Des infirmiers, du moins dans ma clinique, ont été rendus destinataires de convocations les invitant à intégrer le secteur public ». tient-il à souligner. Lesquelles convocations, « sont malveillantes, car visant de prime abord, à vider les cliniques et les établissements privés de leur matière grise, sachant que le corps paramédical souffre d’un énorme déficit en nombre d’agents formés en la matière », s’indiqne-t-il.
Ne s’offusquant guère à l’idée d’évoquer les reproches formulés par le ministère de la Santé à l’endroit des cliniques privées, le docteur Mohdeb reconnait que « des malversations et des pratiques illégales existent bel et bien », mais il tient à préciser, « pas à grande échelle ». A titre d’exemple, il cite « l’avortement » qui, dira-t-il « pourrait se pratiquer de plus belle en violation de la réglementation en vigueur » d’ailleurs, à ses yeux, « il serait le principal grief qui pourrait être retenu contre les opérateurs privés. »
Faut-il également rappeler que l’avant-projet de loi en question, accorde aux cliniques privées en exercice un délai de deux années pour se conformer à la nouvelle loi.
Il est aussi prévu que la délivrance des autorisations d’ouvertures des établissements privés n’est plus du ressort des walis comme ce fut le cas par le passé, mais une prérogative du ministère de tutelle.
Outre un représentant du ministère de la Santé qui assurera la présidence du conseil d’administration de la clinique privée, un représentant de la Sécurité sociale, un membre du syndicat de l’établissement, deux représentants des usagers, un représentant des praticiens médicaux et un des personnels paramédicaux y prendront également part. La gestion de l’établissement sera confiée à un directeur technique nommé.
En définitive, si de nouvelles réactions venaient à rallier celle du docteur Mohdeb, l’on s’acheminerait vraisemblablement vers un bras de fer entre le ministère de tutelle et les opérateurs privés dans le secteur de la santé.
Dallil Saïche
