Véritable chef-d’œuvre architectural, situé sur les hauteurs de la région d’Ikedjane à la sortie sud est du village Tasga, ce géant, sorti du néant, est composé de trois blocs qui s’étendent sur une superficie globale de 1010,31 m2, dont 778,13 m2 bâtie.
D’une capacité de plus de 450 élèves en externat, le CEM Ikhedjane a suscité d’énormes espoirs au sein de la population de Tifra quand il a ouvert ses portes en 2005. 218 élèves étaient inscrits en première et deuxième année scolaire, 224 autres pour l’année en cours répartis sur huit divisions.
A le contempler de loin ou de près, de l’extérieur comme de l’intérieur et malgré tout son éclat, ce véritable bijou cache mal les lacunes et souffrances de certains humbles serviteurs tout corps confondus.
Un petit coup d’œil sur le maillon fort de la chaîne éducative qui est le corps enseignant nous renseigne sur les souffrances et sacrifices qu’endurent ses hommes et femmes en silence et parfois dans l’indifférence totale des décideurs.
En effet, neuf sur les quatorze enseignants sont des contractuels, malgré les 20 kilomètres que font certains pour rejoindre leur lieu de travail et pour plus de 40 pour d’autres ; leurs salaires restent impayés depuis longtemps et rien en contre-partie logique de leur sueur, que des promesses chimériques.
Une virée dans les deux services administratifs point névralgique et centre de décisions qui sont la direction et la surveillance générale, nous dévoile d’autres surprises et souffrances.
La première chose qui attire l’attention ce sont ces jeunes affectés dans cet établissement par l’APC dans le cadre de l’emploi jeunes (ISEL) et pré emplois, et qui de l’avis même de leurs responsables, s’acquittent de leurs tâches avec un professionnalisme exemplaire.
« Je bosse tous les jours de la semaine de 8h à 16h 30 pour la modique somme de deux mille dinars par mois mais c’est toujours mieux que rien en ces temps de vaches maigres, en attendant qu’un jour, peut être, on sera appelés à intégrer le corps de l’éducation nationale, ce qui ne sera enfin de compte qu’une juste reconnaissance à tous nos sacrifices », nous dit Leila qui travaille dans cet établissement depuis trois années maintenant. Son collègue, Mohamed T., ajoute « en plus de tout cela on ne touche nos salaires qu’une fois tous les cinq ou six mois, parfois on a l’impression que le monde se fout royalement de nos souffrances ».
A ces vécus individuels, s’ajoutent d’autres dysfonctionnements et manques qui pénalisent au plus haut point l’élément clé, centre de gravitation de tout ce beau monde qui est l’élève et qui perturbe le bon fonctionnement de l’établissement.
Dans ce sens la première chose à remarquer est le laxisme flagrant des parents quant à l’avenir de leur progéniture qui se caractérise par l’absence d’une association de parents d’élèves pour la troisième année consécutive, une bibliothèque qui n’a que son nom de vrai, absence d’une aire de jeux pour l’éducation physique, ce qui poussent les élèves à s’exercer sur l’asphalte de la cour de l’établissement avec tous les dangers que cela implique. Amirouche, un élève de la classe 4ème AM, regrette amèrement cet état de fait tout en se demandant comment ils pourront préparer leur BEM sportif. Néanmoins une bonne nouvelle est arrivée ces derniers jours, concernant l’imminent démarrage des travaux d’aménagement de la demi pension (DP) promise lors de la dernière visite du wali sur les lieux, ce qui soulagera foncièrement les élèves des villages lointains à l’image de M’zid, Agouni et Aït Mahiou.
Malgré cela l’établissement a réussi son premier pari pour l’année scolaire 2006/2007 avec le passage au palier supérieur (lycée) de plus de 53% de l’effectif de sa première classe d’examen et « le meilleur est à venir car nous sommes là pour ça » rassure Nadir Albane, adjoint d’éducation.
Finalement les avis des uns et des autres convergent vers un seul souhait : que les pouvoirs publics, à leur tête la Direction de l’éducation de Béjaïa, se penchent sérieusement sur leurs doléances, pour garantir une vie et un avenir meilleur pour ses innocents dont l’avenir se décide aujourd’hui.
Arezki Toufouti
