À quelques mois de la réception du barrage hydraulique de Koudiat Acerdoune, prévue pour 2008, les grands axes théoriques de la protection de son bassin versant sont supposés fixés par l’étude réalisée par le bureau canadien Tecsult-Canada. Les documents de synthèse étant établis, il reste la prise en charge pratique du programme par la procédure d’inscription au ministère des Finances et d’établissement de fiches techniques ciblant, selon un ordre de priorité, les terrains à traiter par les méthodes anti-érosives afin de limiter l’envasement de l’ouvrage hydraulique et d’allonger au maximum sa durée de vie.
Le schéma directeur de protection du bassin versant du barrage Koudiat Acerdoune s’est principalement basé sur le diagnostic dégagé pour ce vaste territoire qui chevauche sur les deux wilayas de Bouira et Médéa. Le point de départ de ce bassin va du sommet de djebel Dirah à Sour El Ghozlane jusqu’à Kef Lakhdar, relevant de Aïn Boucif. Quant à la digue, elle est construite sur l’Oued Isser, commune de Maâlla, daïra de Lakhdaria.
Le schéma directeur de protection du bassin versant du barrage Koudiat Acerdoune constitue un atout incontestable pour une approche scientifique tendant à faire un diagnostic réel de la situation de l’érosion dans la région et asseoir une méthodologie de lutte anti-érosive la plus efficace possible. Il prend en charge le souci de mettre en exergue les dangers de l’érosion à trois niveaux : dégradation et appauvrissement des sols, ce qui conduit inéluctablement à la réduction des rendements et à la paupérisation des populations ; envasement des barrages, ce qui réduit progressivement leurs capacités de rétention et altère la qualité des eaux ; endommagement et même destruction de certains équipements hydrauliques (pompes, canalisations,…). L’étude insiste sur le développement d’une approche sociologique qui devrait prendre en compte la réalité culturelle des populations et le mode d’organisation économique de celles-ci dans le but de les impliquer dans la gestion rationnelle de leurs territoires et de les faire adhérer à la stratégie de protection des bassins versants de barrages.
Le sol de cette région, qui fait partie de ce que les géographes appellent l’Atlas blidéen, est marqué par une forte diversité de sa morphologie et de sa structure. Cependant, sur le plan de l’action anthropique (intervention de l’homme), les incidences sont à peu près les mêmes. Ces dernières se matérialisent par une forte dégradation du milieu biotique (incendies de forêts, défrichement, systèmes de cultures inadaptés, processus d’urbanisation,…), ce qui, inévitablement conduit à la fragilisation du support édaphique (sol). Eboulements, érosions, glissements et affouillements de terrain n’ont jamais connu une telle avancée que lors des dix dernières années. L’obstruction des routes par des coulées de boue après de légères pluies automnales n’en est que l’élément le plus visible.
L’Algérie a connu une expérience amère en matière d’envasement des barrages Djorf Torba, à Bechar, et le Ksob, à M’Sila, sont des exemples vivants qui invitent les autorités et les techniciens à la réflexion la plus sérieuse en la matière.
En matière de lutte anti-érosive, les méthodes demeurent à la portée des techniciens algériens, qu’il s’agisse des opérations de plantations forestières/fruitières ou d’autres aménagements tels que les seuils des corrections torrentielles (barrages de gabions). Cependant, sur le plan pratique, des cas de difficulté d’exécution de ces programmes ne sont pas à exclure, principalement celles liées à la nature juridique des terrains sur lesquels sont prévues les actions du schéma directeur. Sur l’ensemble de l’impluvium, la majeure partie des terres revient à des propriétaires privés. Les actions de reboisement, de fixation de berges, de corrections torrentielles, voire même de plantations fourragères, ne sont pas toujours les bienvenues sur cette catégorie de propriété. Les exemples les plus édifiants ont été vécus au cours des années 80 dans les tentatives de protection du bassin du barrage de l’oued Lakhal (communes de Aïn Bessem, Sour El Ghozlane, Dechmia et Raouraoua).
Des ressources à pérenniser
Pourtant, la nécessité de pérenniser les ressources chèrement mobilisées n’a pas besoin de démonstration. Le vœu et les aspirations des populations et des agriculteurs de la wilaya de Bouira en matière de mobilisation des ressources en eau (en surface et en profondeur) deviennent de plus en plus des réalités palpables sur le terrain. Réputée comme région à climat continental à la porte des Hauts Plateaux du centre du pays, la wilaya de Bouira est effectivement caractérisée par la semi-aridité qui affecte la majeure partie de son territoire. La moyenne des précipitations annuelles sur sa zone centrale tourne autour de 500 à 600 mm.
Cependant, vu la vastitude du territoire et des bassins versants des cours d’eau, les volumes d’eau qui se déversent dans les talwegs sont considérables. C’est pourquoi la nouvelle politique de construction de barrages et de retenues collinaires, mise en œuvre depuis la fin des années 1990, vient à point nommé pour mobiliser toutes les potentialités hydriques qu’elles soient superficielles ou souterraines. Après des années, voire des décennies passées dans la pénurie du liquide précieux, les villes et les village de Bouira seront desservis, dans un proche avenir, d’une manière régulière, de même que de nouveaux périmètres irrigués verront le jour. Cela permettra au secteur agricole de se redéployer sur de nouvelles activités dans le cadre de la polyculture rendue possible par la présence de l’eau. Car, comme le reconnaissent ici les fellahs et des cadres agricoles, la vocation céréalière de la wilaya est mal assumée en raison de déficiences claires dans la gestion technique et en raison aussi des aléas et incertitudes qui pèsent sur le foncier agricole (les meilleures terres appartenant à des EAC où les nouveaux investissements sont maigres, pour ne pas dire nuls).
Les trois barrages hydrauliques situés sur le territoire de la wilaya -une fois achevé celui de Koudiat Acerdoune dans la daïra de Lakhdaria- cumuleront quelque 840 millions de mètres cubes, ce qui dépasse largement les besoins locaux. A cela vont s’ajouter les volumes d’eau des retenues collinaires dont l’estimation donne 4,5 millions de mètres cubes.
Le plus grand barrage du Centre du pays, Koudiat Acerdoune, a une capacité de 640 millions de mètres cubes et sa réception est programmée pour l’année 2008. De par sa position géographique, dans le cœur du moyen Isser, cet ouvrage fournira de l’eau pour cinq wilayas : Bouira, Médéa, Alger, Boumerdès et Tizi Ouzou pour des besoins en eau potable et d’irrigation.
Le seul problème qui pourrait se poser pour de tels ouvrages est bien entendu leur entretien du fait que les risques d’envasement à moyen et à long terme ne sont pas exclus. Les bassins versants de ces barrages ont déjà fait l’objet d’une attention soutenue des services des forêts de la wilaya de Bouira puisque des travaux de stabilisation des terres y ont été initiés (corrections torrentielles, reboisements et autres plantations fruitières,…). Aussi, dans les programmes sectoriels de reboisement, une part importante a été réservée à la reconstitution du tissu forestier qui fait partie du bassin du barrage de Tilesdit (daïra de Bechloul).
Amar Naït Messaoud
