Un futur Eldorado touristique

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Situé dans la commune de Béjaïa et créé en 1984, le parc national de Gouraya (PNG) est une aire protégée à la fois historique, archéologique, et touristique. D’une superficie de 2080 hectares à laquelle on y ajouta, en l’an 2000, le lac Mezzaïa d’une étendue de 2,5 hectares, ce site pittoresque (le PNG) dispose de plus d’un atout à faire valoir et peut à lui seul être le véritable Eldorado ou la future île de Djerba la tunisienne. Malheureusement dans une commune où l’imagination, la créativité, l’investissement et l’encouragement des investissements touristiques font cruellement défaut.Historiquement, le versant nord du PNG, pour ne citer que celui-là, a été le théâtre de plusieurs évènements historiques et pas moins d’une quinzaine de sites s’y trouvant dans cette étendue sont liés à l’histoire de cette ville millénaire. En atteignant, après un long et sinueux sentier, le somptueux sommet de Gouraya, à une altitude de 662 mètres et dominant la ville de Bgayet, on embrasse du regard de très belles collines, une dense végétation et une large baie qui s’offre à vos yeux tel un tableau que seules des âmes sensibles peuvent réaliser. Un amphithéâtre à ciel ouvert et protégé, comme du mauvais œil, par les contreforts des Babors à l’est et des Bibans au sud, on est aussitôt ébloui par cette beauté et ce charme envoûtant qui a fait dire à Napoléan III que Bougie : “est en vérité la ville la plus charmante d’Algérie”. Dans ce lieu paradisiaque l’empreinte de l’histoire y est encore vivace. En effet, le nom de Gouraya nous ramène quelques siècles en arrière. Lorsque la ville tomba entre les mains des Vandales en 490, ils la nommèrent “Gor aya” ou la cité au pied du rocher. Le roi vandale Genséric fit de Gouraya le siège d’un de ses gouvernements régionaux. En 1510, à partir de la baie des Aiguades puis du mausolée de Sidi Aïssa (deux autres lieux historiques), les Espagnols firent de Gouraya un fort, d’où ils canonnèrent la ville plusieurs semaines durant. Les Français, en firent autant et aménagèrent cet ancien fort espagnol en un important observatoire aux troupes françaises, et paradoxalement un pénitencier. Le fort Gouraya abriterait aujourd’hui le tombeau de la célèbre et légendaire “Yemma Gouraya” où affluent les pèlerins et les touristes, le long de l’année.En quittant, non sans regrets, ce paradis terrestre, on finit par atteindre un lieu communément appelé “le pic des singes”. Situé à droite du chemin menant vers Gouraya, on y accède en empruntant un petit sentier sombre et bordé de part et d’autre d’arbres dont les branches se rencontrent et s’enlacent ne laissant paraître que d’infimes rayons de soleil, comme pour protéger l’intimité des quelques couples d’amoureux rencontrés dans cet autre magnifique endroit.Nous laissons nos tourtereaux se confondre naturellement, avec la nature et nous nous dirigeâmes droit vers un long escalier réalisé dans le cœur même des importants rochers qui entourent le lieu, longeant la chaîne montagneuse d’un côté et limitée par un gros câble en acier de l’autre qui fait office de main courante. Laissant ces escaliers derrière nous, une placette bornée par un balcon telle une terrasse, nous offre un magique panorama. A 430 mètres d’altitude, on aperçoit le cap Carbon au nord, la roche percée, le cap Bouak et les montagnes qui entourent le golfe de Béjaïa. Au large quelques embarcations de fortunes s’affairent à jeter des filets de pêches. “Cette baie regorge de belles pièces de poissons et avec un peu de chance on peut remonter des dorades, des pagres ou des mérous”, nous dira un septuagénaire, apparemment habitué des lieux.

Vers le pic des singesEn baissant la tête du haut de cet endroit, la mer d’un bleu intense s’amène en balançant d’énormes vagues qui viennent se jeter au bas du site, essayant de s’agripper à ses pieds telle une maîtresse implorant un amour impossible. Et le temps de savourer un bouffée d’air marin, la surface de l’eau est envahie par une épaisse couche d’écume blanche scintillante qui s’éteint puis disparaît jusqu’aux prochaines vagues, et ainsi… De là, nous nous dirigeons vers le cap Carbon, on pénètre un court tunnel pour aboutir sur une route serpentée qui s’élève à flanc de la montagne et que longe une épaisse muraille, de taille moyenne, qui constitue un rempart séparant la route d’un vide qui, en jetant un regard vers le bas, nous accorde volontiers une vue imprenable, de la fameuse plage appelée “Partouze”, difficilement accessible. Des singes installés sur la petite muraille, telles des stars pour une séance de photos avec des visiteurs enchantés. Le sommet du grand phare se dresse devant nous à une altitude de 220 mètres et est couronné par un sémaphore de 37 miles. “Il est l’un des plus hauts phares naturels du monde”, nous dit-on avec fierté. De ce phare, avant de nous rendre à la baie des Aiguades, nous visitons le mausolée de celui que l’on appelle le gardien de forêts, le marabout Sidi Aïssa, souvent visité par les habitants de Béjaïa. Le lieu date de l’ère punique et avant d’y accéder, sur la route des Aiguades et à gauche du mausolée, on y découvre un caveau d’une princesse carthaginoise ayant fui le siège de Carthage et ayant décédée au large des Aiguades ; lequel tombeau à été découvrent fortuitement à l’époque coloniale et dont la momie a été transférée au musée de Toulon. A ce même endroit, on découvre un autel pour sacrifices, encore visible de nos jours. A l’ère hammadite, après la Reconquista, plusieurs familles fuyant l’Andalousie (l’Espagne musulmane) et faute de place en ville, le prince hammadite les avait installées à Sidi Aïssa, et c’est cette communauté andalouse qui opposa une farouche résistance à l’invasion espagnole. Et de Sidi Aïssa on prit le chemin vers les Aiguades. Une splendide plage qui a toujours constitué pour les autochtones un havre de paix, d’évasion et de communion. Le visiteur y découvre un site où se mêlent harmonieusement la mer et la montagne comme deux êtres complices et unis dans leurs amoureuses épousailles. Située au pied de la montagne, la baie des Aiguades est solidement retenue par une digue de pierres donnant accès à la mer. Une plage de galets et d’énormes rochers, devenus pour les baigneurs des plongeoirs naturels. Le flanc de la montagne est recouvert de végétation verdoyante où serpentent des sentiers débouchant sur la route goudronnée. Les Aiguades, nom donné par les Espagnols et qui signifie “les sources”, en rapport avec les sources fraîches dont dispose cette baie. Au-delà de son nom historique, la baie des Aiguades a été le théâtre de plusieurs batailles entre les habitants de Béjaïa et les conquérants ou ces derniers et les nouveaux colonisateurs, les Espagnols, les Turcs, les Français et avant eux d’autres peuples notamment les Vandales et les Byzantins. Des Aiguades, on se dirigea vers le cap Bouak. Situé non luin de l’anse des Aiguades, il serait d’observatoire et avertissait les autorités, grâce à un bouk (un cor), de la venue d’un bateau ou d’un envahisseur. La vue du sommet de cap Bouak est imprenable. La sublime corniche reliant les Aiguades au cap Bouak est entourée d’arbres ombrageux dont le caroubier, le microcoulier et platane ainsi que des nombreuses plantes, tels le lierre ou le laurier-sauvage.

Sites mythiquesLes sites du parc Gouraya sont si nombreux et mythiques. La baie de Sidi Yahia du côté du port pétrolier, l’anse de Tamelaht à l’ouest du cap Carbon, l’île des Pisans sur le côté ouest, la pointe Sainte-Anne ou la grotte du philosophe Raymond Lulle et des vestiges témoignant d’une riche civilisation. Par ailleurs, le PNG abrite quelques 300 espèces végétales dont une centaine renferment des vertus médicinales. La faune, terrestre, marine ou lacustre est composée d’un très grand nombre d’invertébrés, de plusieurs espèces d’oiseaux et des espèces zooplanctoniques et zoobenthiques. En outre le PNG dispose d’un eco-musée au niveau du siège de sa direction, d’un centre d’information et de deux sièges de secteurs. Mis à part ces structures, il n’y a ni gîte ni cabane et pas le moindre terrain de camping. Et même pas des photographes ambulants que l’on trouve souvent dans ce genre d’endroits, en d’autre lieux. Reste aux responsables des divers secteurs de faire preuve d’imagination et des créativité pour mettre en place le confort touristique qui sied à ce lieu paradisiaque.

Yacine Boudraâ

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