l Tous les jeunes chanteurs kabyles en enregistrant leur premier album, cultivent l’espoir de se placer dans la chanson kabyle où il est très difficile, après l’assassinat de Lounès Matoub de se faire un nom. Il en est ainsi de Moh Belhadj un jeune de vingt-quatre printemps, originaire des Aït-Atella, dans la commune d’Aït Yahia Moussa. Pour ceux qui l’auraient oublié ou ne le savent pas, le précurseur de la chanson moderne kabyle n’est pas comme on le dit le célèbre Idir aidé par le non moins monument Chérif Kheddam mais il s’agit de feu Dalil Omar lequel est également natif et originaire des Aït Atella, là-haut sur les collines, loin du tumulte des grandes routes et du brouhaha des villes. Comme tous les jeunes, Moh Belhadj dès son enfance aimait écouter les grands chanteurs kabyles qu’ils voulait égaler, à l’exemple de Slimane Azem, Chérif Kheddam, Matoub Lounès, Aït Menguelet, Farid Ferragui mais encore fallait-il avoir ses propres moyens et une certaine aide à l’extérieur, ce qui restait donc un simple rêve d’adolescent.
Néanmoins, peu à peu et grâce à l’encadrement de la Maison de jeunes d’Aït Yahia Moussa et ses différentes activités culturelles et artistiques, le jeune Moh Belhadj affûte ses armes d’autant plus qu’il devient la vedette de cette structure de la jeunesse qui n’hésite pas à le solliciter pour chanter lors des différentes manifestations culturelles et autres concours. Un public local lui est largement acquis, qui l’encourage à aller de l’avant et à procéder à l’enregistrement de son premier album qui va s’intituler Awid Yeghran. Ainsi, Awid Yeghran, le premier titre de ce premier album de Moh Belhadj qui en compte six n’est pas un hommage aux intellectuels mais s’adresse à eux ainsi qu’à tous ceux qui pourraient lui expliquer la situation où il se débat sans apercevoir une issue. Cette même idée de mal-vie dans Axedam n’Eldzïa (l’ouvrier algérien) ainsi que dans Nevgha anarwel (nous voulons fuir). Axedam relate les misères au quotidien du travailleur algérien ou plus précisément de ces montagnards qui sont quotidiennement confrontés à l’errance pour rapporter un morceau de pain à leurs enfants. Ces ouvriers subissent quotidiennement non seulement des problèmes du transport, mais également la faible rémunération qui est loin de payer la sueur de leur front.
Aussi, c’est dans l’autre titre que ces ouvriers vont essayer de trouver un refuge, Nehgha Aarwel (Nous voulons fuir), mais la question est de savoir où aller alors que toutes les issues sont bouclées.
Dans le second volet, l’artiste Moh Belhadj chante comme tous les jeunes de son âge l’amour impossible car les moyens de satisfaire sa bien-aimée sont quasiment impossibles ou inexistants à cause du chômage et de la misère qui frappent la jeunesse dont les horizons demeurent murés.
Moh Belhadj a sûrement un bel avenir artistique devant lui, d’autant plus, qu’il a de nombreux atouts à son avantage. Il reste tout de même que les producteurs et les faiseurs de spectacles jettent un regard sur son travail.
Pour ce premier produit, l’enregistrement effectué au niveau du studio DAV international de Draâ Ben-Khedda est d’une excellente qualité ainsi que les arrangements musicaux.
Essaïd N’Aït Kaci
