Des enseignants contractuels de tamazight avaient pendant plus d’une semaine observé une grève de la faim à Alger. Mais avant d’en arriver à cette ultime et pénible action de protestation, ils avaient observé une série de sit-in dans leur petit coin provincial situé à mille lieues de la surexcitation politico-médiatique algéroise. Quand bien même la presse locale en avait fait état, il ne se trouvait pas grand monde pour soutenir les pauvres bougres rassemblés devant le siège de la Direction de l’éducation ou devant le cabinet du wali. Il faut dire que ni le lieu ni la nature des actions de protestation engagées par les contractuel(le)s n’étaient encore à la hauteur de susciter la bousculade d’avocats spécialisés en «droits de l’homme amazigh».
Il fallait du spectacle et de l’émotionnel sur le trottoir d’Alger pour qu’on accourt de partout y verser une larme disproportionnée ghef tamazight-nni. Avant même de saisir les tenants et les aboutissants du problème posé par les contractuels sur le trottoir public, des déclarations hétéroclites étaient déjà prêtes à être faxées. On nous servira ainsi de la «destruction cultuelle d’une ethnie». Oui, on nous expliquera qu’il s’agit d’un «ethnocide» pour nous aux fins d’interpréter le «licenciement abusif» des enseignants de tamazight. Il n’est même pas la peine de leur souligner qu’on ne peut pas parler de licenciement mais de fin de contrat. Ils n’entendront que leur instinct médiatico-politique et leurs désirs instinctifs d’être exposés sous les feux de la rampe. Leur dire aussi que des enseignants veulent travailler (ce qui ne veut pas forcément dire : veulent rejoindre leur classe) et que leur «trottoir» relève uniquement du domaine socioprofessionnel serait insulter le statut autoproclamé de tous ces anciens moudjahidine de tamazight en embuscade et aux aguets du moindre piquet de grève pour provoquer une pétaudière qui finit par dépasser les pauvres grévistes du trottoir.
Rappelons que faute de diplômes, ces enseignants en fin de contrat n’ont pas été reconduits en classe. Il est utile de souligner que leur profil n’a pas été retenu par la Fonction publique qui exige désormais une licence pour prétendre aller enseigner (la Direction de l’éducation n’est donc pas impliquée, du moins à ce propos). N’en déplaise aux partisans de tamazight à tout prix, cette disposition mettra un terme à l’humiliation de tamazight di lakul. Oui, on avait retenu le statut d’ouvrier professionnel (O.P.) pour chanter et danser tamazight sur l’estrade. Aucune voix ne s’était alors élevée pour protester contre la «folklorisation» de la langue. Le pouvoir en place s’accommodait de la pitrerie pédagogique tant que justement les voix ne s’élevaient pas et que cela permettait de répondre à une demande plutôt politique. Fort heureusement pour la langue de Si Mohand Ou M’hand, des hommes et des femmes s’occupaient, sans bruits et loin des feux de la rampe, de l’axe syntaxo-paradigmatique de la phrase amazighe que des enseignants qualifiés expliqueront à leurs classes. Aujourd’hui, la langue est là et les enseignants fraîchement sortis de l’université aussi. Il est donc temps de mettre un terme définitif à tamazight di trottoir. Les contractuels grévistes ont finit par avoir gain de cause. Fermons alors définitivement la parenthèse du bricolage et extirpons une fois pour toutes tamazight de l’univers politico-opportuniste. S’agissant de Bouira où la situation de l’enseignement de tamazight semble être la moins reluisante, l’ouverture au plus vite d’un département de langue et culture amazighes à l’université est à même d’endiguer les problèmes qui jusque-là parasitent l’acte pédagogique. Ce département de langue formera ces centaines de bacheliers de Bouira, lesquels sont orientés chaque année vers les universités de Béjaïa et de Tizi-Ouzou. Ce faisant, ce département qui, nous dit-on, est prévu pour cette année, répondra à un besoin de plus en plus urgent en matière d’enseignants et, du coup, desserrera l’étau sur le département de Béjaïa et celui de l’université de Tizi-Ouzou.
T. Ould Amar
