Mohand-Saddek Akrour, un  »internationaliste » au village

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C’est tristement circulaire. Trente ans après, il retourne au bercail pour découvrir que rien n’a vraiment changé ou si peu, ou encore si mal. Son entrée en politique s’est faite, comme de juste à cette époque-là, par la prison. En décembre 1977, il participe à un soulèvement des populations locales en protestation contre la désignation autoritaire du maire. Celui-ci n’est autre que l’actuel P/APC FLN qui, par un bégaiement symptomatique de notre histoire politique, s’est fait élire le plus démocratiquement du monde lors des élections partielles passées. Quel enseignement en tirer ? « L’expérience du multipartisme a été récupérée par le pouvoir et la droite qui ont dépolitisé le peuple », pense Mohand-Saddek Akrour, candidat du PST pour la municipalité de Barbacha. Un parti qu’il a rejoint en 2003 après avoir longtemps fait figure d’électron libre du mouvement communiste algérien. Après avoir échoué aux dernières Législatives, à la faveur d’une toute première expérience électorale, il remet encore ça.

« J’ai été sollicité par la population, ç’aurait été, pour moi, une forme de dédain ou de snobisme que de ne pas me représenter », explique-t-il.

Sa vie est une suite de combats, d’échecs et de recommencements. Libéré le 8 avril 1980, il a le temps de rejoindre le fameux séminaire de Yakouren organisé par le mouvement culturel berbère. Une année plus tard, il échappe de peu à l’arrestation à la suite des évènements de mai 1981 qui ont secoué Bgayet et la faculté d’Alger. Affirmant être un homme  » qui n’aime pas vivre du passé « , Mohand-Saddek Akrour reste néanmoins chevillé à ce qu’il estime être la matrice de base du MCB :  » Tamazight et le vrai socialisme « . Des idées qu’il a essayé de porter tout au long d’une rude vie de combats. Le 25 janvier 1990, il est l’un des organisateurs les plus en vue de la fameuse marche du MCB à Alger. Plus tard, il prend une part active à la rédaction de la Plate-forme d’El-Kseur. Il fera partie du lot des intellectuels  » incompris  » excommuniés par ce qui deviendra la CICB.

Au total, Mohand-Saddek Akrour est un pugiliste endurci qui aura été de tous les rendez-vous politiques de ces trente dernières années. Un Olivier Besancenot local qui veut  » aider les masses à acquérir une expérience politique « . Il rêve d’un  » socialisme autogestionnaire  » et, pour cela, œuvre à la construction d’un  » pôle de gauche antilibérale « . Un rassemblement où même le FFS n’aurait pas sa place. « Il faut construire une alternative avec ceux qui veulent avoir rendez-vous avec la révolution socialiste « , dit-il.

Chargé de cours d’économie à l’université de Béjaïa, il active au sein du CNES et perturbe, du mieux qu’il peut, l’instauration du système LMD. Un truc qui est, comme chacun le sait, la manifestation d’un vaste complot bourgeois. Son dernier acte en date fut l’organisation d’une pachydermique marche d’étudiants contre « Alger, capitale arabe ». Mais c’est de nouveau la désillusion. Aujourd’hui, il estime que ses collègues du CNES ont cédé à l’ » embourgeoisement  » et qu’il vaut mieux dès lors consacrer ses efforts aux « plébéiens » (le mot est de lui) de Barbacha. Les montagnards ont leur Robin des bois…

M. Bessa

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