Huit minutes pour dire : «le FLN est une montagne…»

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Il est 10 h à Sour El Ghozlane. L’azur y est printanier. Une effervescence inhabituelle distingue l’ancienne Auzia. Sur la placette publique, des ‘’grappes’’ de citoyens font le plein de soleil en échangeant des appréciations à propos de telle ou telle liste postulant aux locales du 29 novembre. Un peu plus loin, d’autres groupes de citoyens, calfeutrés, pour la plupart, dans leurs kachabia, découvrent les candidats aux deux assemblées sur les tableaux d’affichage. Les candidats du RCD et du FFS ne semblent pas intéresser grand monde. Il ne faut pas croire que ce désintérêt est justifié par une quelconque considération politique. Non, dans cette région, le FFS et le RCD sont toujours et quoi que l’on dise considérés comme des corps étrangers aux mœurs curieuses venus de contrées lointaines. Nous nous dirigeons vers la salle des fêtes où est prévu, à 11 h, le meeting animé par l’actuel chef du FLN. Sur place, nous apprenons que Belkhadem est toujours à Alger et qu’il n’arriverait pas, avant 13 h. Nous décidons de faire bon cœur contre mauvaise fortune. Nous profitons de ce retard pour aller tâter le pouls de la ville. L’artère principale est prise d’assaut par la campagne électorale. RND par-ci, FLN par là, PT à côté, une liste indépendante un peu loin… Nous nous arrêtons devant la permanence ouverte par la liste des candidats indépendants à l’assemblée communale. A croire, le bruit qui se fait tout au tour, le pilote de la liste a plutôt bonne cote. Un peu plus tard, nous apprendrons que le candidat indépendant est un ancien officier (radié de l’armée, nous dit-on) qui n’aurais jamais caché son inclinaison pour le projet islamiste. Ceci explique donc cela.

Nous rejoignons la salle où est attendu le Chef du gouvernement. Le FLN des grands jours est au rendez-vous. Cravates, cartables et autres pin’s aux couleurs nationales pavoisent dans la cour, en attendant l’arrivée du secrétaire général du parti. Tous sont là : les antis, les pros, les contestataires, les rebelles… bref, le FLN générique est venu en force écouter et, surtout, se faire voir.

Nous prenons place devant un vieillard qui n’est pas concerné par tout ce remue-ménage. Comme à son habitude, il est juste là « pour ramasser un peu de soleil ».

Le monsieur nous demandera les raisons de cette agitation. Nous lui expliquons que c’est Belkhadem qui est attendu pour animer un meeting. « On les croit toujours ! », s’étonne-t-il dans un arabe trahi par un accent kabyle. Oui, le vieux monsieur est originaire de Aïn El Hammam. Il est arrivé à Sour El Ghozlane en 1948. 13 h et quelques minutes, le chef du gouvernement arrive enfin. Le vieillard de Aïn El Hammam, lui, s’en va. Belkhadem commence par justifier le choix de Sour El Ghozlane. Il parlera de symbole historique et dira que c’est pour envoyer des messages aux autres. A ses détracteurs du FLN, sans doute. De toute façon, il n’est pas assez explicite. Il ne le sera que lorsqu’il appellera de tous ses vœux « un troisième mandat » pour le président de la République. En s’adressant à ses détracteurs, là aussi par insinuations interposées, il soutient que « le FLN est une montagne que les vents ne peuvent pas secouer ». Il assurera aussi que tout comme lors des présidentielles et des législatives, le FLN sortira vainqueur des élections du 29 novembre. Les huit minutes que tiendra son discours ne lui permettront pas de parler programme. « Tout le monde connaît notre programme », se contentera-t-il de dire.

T.Ould Amar

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