Le charme discret d’une campagne non électorale

La simple curiosité, accompagnée de commentaires peu amènes à l’égard des gestionnaires sortants. Voilà tout ce que l’on peut observer chez les gens au centre-ville de Haïzer approchant les panneaux d’affichages bariolés aux maintes couleurs. Une voiture, dont le capot est complètement couvert d’un poster non pas du candidat mais du secrétaire général du parti, traverse en trombe l’agglomération avec un bruit de klaxons assourdissant.  » On n’est pas loin des vendeurs de pommes de terre qui ont fait la ‘’prouesse » de proposer sur les 404 bâchées leur produit à 40 dinars pour concurrencer le commerçant du coin dont le compteur est bloqué à 60 DA « , commente un vieux, apparemment aigri de la politique.

À bord des fourgons qui font la navette Bouira-Haïzer, les palabres vont bon train ; mais, c’est presque toujours pour rappeler le passé peu reluisant d’un candidat, le retour aux affaires d’anciens gourous et le peu d’envergure de certains autres prétendants. Cependant, presque toutes les voix convergent vers ce constat amer : Haïzer demeure, malgré tous les atouts naturels et humains qui sont les siens, une bourgade, presque un village excentré de la banlieue de Bouira. En effet, tout dans le chef-lieu de wilaya de Bouira indique que Haïzer est là, dans les parages. Très présents dans la ville, les habitants de cette commune, qui est en même temps chef-lieu de daïra, descendent même pour de petites commissions, histoire de fixer ou d’honorer un rendez-vous dans l’un des café, très nombreux, qui parsèment la cité ; histoire aussi de s’informer de ce qui se passe, de se rendre dans un cybercafé ou de dissiper un cafard tenace. Mais le lieu d’élection de la communauté de Haïzer est certainement ce recoin du carrefour de Tikjda, en bordure de la RN 5 et où commence la RN 33 qui relie Bouira à Tizi Ouzou. Là, la station de transport vers les deux localités de Haïzer et Taghzout ne désemplit jamais de jeunes lycéens et de travailleurs s’apprêtant à rejoindre leurs foyers au bout d’une journée automnale bien courte.

Sous ce point de vue, la localité de Haïzer paraît comme une lointaine banlieue de la ville de Bouira. Elle n’est, en fait, qu’à neuf kilomètres à l’est du chef-lieu de wilaya.

En empruntant la RN 33, l’on a en face de nous la muraille du Djurdjura dans sa portion la plus massive et la plus redressée. Les deux crêtes de Tajgagalt et Adrar n’Haïzer, délimitées par la Dent du Lion (une aiguille de 2123 m d’altitude), dominent la plaine de Oued Tessala et les plateaux forestiers de Tikboucht et d’Ighil Medjbeur.

La différence d’altitude est énorme ; elle donne le vertige. Le village de Haïzer n’est qu’à 560 m et la Dent du Lion (Tamgout n’Haïzer) qui le surplombe est à 2 123 m !

C’est l’un des spectacles les plus éblouissants et l’un des panoramas les plus rares.

Une telle situation aurait pu faire de ce village une station touristique des plus enviables si un plan de développement touristique y était mis en œuvre. L’idée est d’autant plus sensée que ce lieu est aussi le point de passage vers la mythique station de Tikjda située à quelque quinze kilomètres d’ici.

Mais, pour l’instant, il n’en est rien. Haïzer reste cette cité hybride entre l’ancien village kabyle et la nouvelle cité qui n’arrive pas encore à trouver ses marques. Poussières ascendantes en forme de vortex en été, fange épaisse en hiver ; ce sont là les deux caractéristiques de ses venelles et même du ‘’boulevard » central.

Le Haut-Haïzer, à l’image de Aïn Alouane était un no man’s land au milieu des années 90. L’activité terroriste s’étendait jusqu’aux hauteurs de la circonscription de M’chedellah (Tizi n’Kouilal).

Aujourd’hui, la vie reprend ses droits, mais les citoyens se réveillent brutalement aux difficultés de la vie. Déficit en aménagement urbain, chômage croissant, manque de loisirs et d’espaces d’expression, etc. Pourtant, sur le plan économique, beaucoup de potentialités sont le propre de cette commune de 89 km2 et qui abrite une population de plus de 20 000 habitants. Des terres fertiles de plaine et de piémont au pied du Djurdjura, le nouveau barrage de Tilesdit (170 millions de m3) à quelques kilomètres du chef-lieu de commune et des atouts touristiques incontestables mais demeurés vierges. N’oublions pas que le Parc national du Djurdjura commence sur les hauteurs de son territoire et la ville de Haïzer constitue un passage obligé pour les visiteurs qui s’y rendent. Les bois et les bosquets sur la route qui mène vers Tikjda reçoivent de nouveau des visiteurs en groupes d’amis ou en familles.

Constitué principalement de pinèdes, le couvert végétal se termine au niveau du Parc du Djurdjura (Agouni Soulès et Ifri Aït Ouyahia) par le cèdre de l’Atlas, espèce noble dont certains sujets ont plusieurs siècles d’âge. Malheureusement, les incendies de 1994 ont largement affecté ce patrimoine. Après les deux dernières années où la pluviométrie a connu un volume fort intéressant (jusqu’à 1 000 mm par an), la remontée biologique commence faire son travail. Des nappes de plants régénérés de pin d’Alep sont visibles un peu partout.

Le secteur resté vierge jusqu’à présent est bien sûr celui du tourisme. L’aménagement d’espaces d’écotourisme dans le Parc national du Djurdjura conférera un autre destin aux agglomérations et hameaux de la daïra de Haïzer : possibilité d’investir dans le commerce, les métiers traditionnels, l’artisanat, l’hôtellerie et les autres services connexes.

Pour peu que les pouvoirs publics tracent une politique claire et rationnelle en la matière et que la société civile et les professionnels du tourisme soient plus entreprenants, les villages de Tessala, Merkala, Izemourène, Tanagout, etc. pourront devenir des villages alpins où, à l’harmonie et à la beauté de la nature, s’ajouteront de réelles perspectives de travail, d’investissement et de bien-être social. Mais, pour le moment, silence ! La campagne électorale entame sa deuxième semaine et les priorités sont, bien entendu, les promesses alléchantes, les paroles mielleuses et les flèches empoisonnées décochées contre tous ceux qui se montreraient incrédules ou qui auraient ‘’mal géré » les affaires publiques par le passé.

Amar Naït Messaoud