L’indécence d’un ambassadeur

L’ambassadeur du Maroc en Algérie, qui ne s’est  » pas prononcé depuis son arrivée en Algérie, il y a quatre ans « , n’a pas trouvé d’autres sujets à développer que de s’attaquer, et de manière qui frôle l’incorrection et piétine les règles minimales de la bienséance recommandée dans ce genre de situation à la presse. Mohamed Saïd Ben Rayan, qui s’est prononcé hier lors d’un débat organisé par la Confédération des finances et de la comptabilité, s’est adonné à une inquisition en règle contre la presse algérienne qu’il accuse  » d’ajouter de l’huile sur le feu  » dans l’affaire du Sahara Occidental. Pis, le représentant du royaume de Mohammed VI demande aux journalistes algériens : « Reconsidérez votre attitude intellectuelle, parce que vos articles ne rendent service ni au peuple algérien ni aux Marocains. « , avant d’ajouter qu’en lisant les journaux, il  » a l’impression que les journalistes vivent sur une autre planète « . Comme si la presse marocaine n’écrit que des éloges sur notre pays. La réponse énergique des journalistes présents a, néanmoins, tempéré les ardeurs de l’ambassadeur qui se dit  » en droit de s’exprimer en toute liberté en tant que Maghrébin, avant d’ajouter :  » Je refuse de polémiquer tout comme je refuse de me placer en donneur de leçons « . Sur le thème désigné pour la rencontre, l’ambassadeur du Maroc pense que les pays du Maghreb  » sont condamnés à travailler ensemble « , parce que, a-t-il poursuivi,  » aucun des trois pays ne pourrait s’en sortir tout seul ». Mohamed Saïd Ben Rayan avance que des raisons objectives, mais aussi subjectives, ont empêché la construction de l’ensemble maghrébin. Ces raisons sont à chercher, selon le diplomate, dans les  » vicissitudes historiques « , à l’image de « l’incompatibilité des systèmes économiques » des trois pays d’Afrique du Nord à l’indépendance, en plus des raisons politiques liées, essentiellement, au conflit du Sahara-Occidental. Cette situation a fait selon le conférencier que les trois pays signent séparément l’accord d’association avec l’Union européenne. Mais une chance reste à saisir, d’après le représentant du Maroc en Algérie. Il s’agit d’appréhender, en rangs serrés, le processus de Barcelone qui constitue une chance supplémentaire pour les pays de la rive sud de la Méditerranée. Concernant les dossiers liés aux relations bilatérales entre Alger et Rabat, le représentant du royaume alaouite trouve qu’il  » est aberrant de voir les frontières entre deux pays aussi liés, fermées « . Pour le diplomate, la question des frontières reste  » un véritable obstacle à l’intégration maghrébine « . Il plaide d’ailleurs, et sans surprise, pour l’ouverture des frontières. Une décision, dit-il, qu’il revient à l’Algérie de prendre. « De toute façon, dit l’ambassadeur, tout le monde sera gagnant dans l’ouverture des frontières, puisque nous allons permettre au commerce licite de reprendre son chemin et nous couperons l’herbe sous le pied des trafiquants et autres trabendistes « . Mohamed Saïd Ben Rayan a annoncé, à l’occasion, que le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia se rendra les 21 et 22 juin à Rabat pour l’évaluation du travail des deux commissions installées pour suivre les dossiers en suspens entre les deux pays.

Ali B.