Cher, très cher le mouton !

La fête de l’Aïd se profile à l’horizon. Le rituel du sacrifice, qui interviendra dans moins d’un mois, constitue une autre saignée budgétaire pour les ménages, déjà mis à mal par le mois de Ramadhan et la rentrée scolaire qui ont ensemble et en même temps engendré des dépenses faramineuses insupportables pour les bourses moyennes.

En effet, alors que nombre de ménages sont encore sous le coup de l’endettement pour avoir fait face à ces occasions, il reste que les prolétaires demeurent redevables d’une autre prouesse financière pour se permettre le luxe de célébrer cette fête qui égaie surtout les enfants parce que bénéficiant de tenues vestimentaires flambant neuves, de cadeaux et de jouets. Or, le mouton à sacrifier, à lui seul, se trouve inaccessible pour la plupart des salaires. Beaucoup d’entre eux ont effectué une virée sur marché de Tazmalt, une sorte de bourse régionale qui donne des indicateurs illustrant de fort belle manière que le mouton de l’Aïd cette année est excessivement cher. La raison invoquée par les éleveurs est que le coût de revient des bêtes est élevé, eu égard au manque de pâturages et la cherté des fourrages. Une tournée sur ce souk donne en effet la température du marché qui n’incite pas grand monde à tenter l’acrobatie financière que requiert l’achat de ce mouton. Explication, de 14 000 à 16 000 DA, les agneaux proposés sont chétifs et ne sauront répondre aux exigences du sacrifice ou tout au moins semblent de loin ne pas suffire à donner suffisamment de viande à une famille de six ou sept membres.

Ce n’est qu’à partir de 18 000 DA qu’on peut espérer acheter un mouton décent qui ne risque pas de décevoir la famille. Bien sûr, les moutons les plus « gras » dépassent largement les 20 000 DA.

A moins d’accepter de s’enfoncer dans d’autres dettes, les salariés moyens ne peuvent pas s’offrir un tel luxe, même si du point de vue de la religion le sacrifie à tout son sens spirituel et social. En cause, avec quoi pourront-ils acheter les vêtements aux bambins et faire face aux dépenses habituelles du mois s’ils mettent tout le salaire mensuel dans l’achat du mouton ?

Cette situation peu envieuse contraindra beaucoup de citoyens, au revenu limité, à opter pour une autre solution qui exige moins de dépenses et de perturbations pour le budget familial : faire appel aux bouchers pour acheter une quantité de viande à la mesure de l’économie faite sur le revenu de ce mois une fois que toutes les autres dépenses auront été déduites.

Bien sûr, les plus privilégiés dans la classe prolétaire sont les ménages où les couples ont la chance de travailler. Ce scénario offre la possibilité aux couples qui bénéficient d’un double gain de se payer le luxe de célébrer décemment cette fête que les autres salariés plus vulnérables n’ont d’autre choix que de faire fi sur les exigences financières qu’elle requiert.

Z. F.